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Accueil du site / Geste cinématographique / Qu’est-ce que le cinéma ? / Séminaire I / Avoir 20 ans aujourd’hui / 16 - Fiction et documentaire

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André Romus
Il y a quelque chose qui m’échappe lorsque tu parles de cinéma et j’ai l’impression que tu parles toujours de documentaire. Je suis complètement d’accord avec ce que tu dis pour le travail dans le documentaire. On ne prévoit jamais et si on prévoit, on a tort. Mais dans la fiction…

Patrick Leboutte
Pourtant le Pasolini est une fiction bien que nous ne sommes pas chez Jean Rouch.

André Romus
Si tu dis ça à tes étudiants de l’INSAS, ils n’auront jamais un franc de budget dans une commission de l’audiovisuel. Remettre synopsis sur synopsis, je ne défends pas cela. Même dans le documentaire, tu dois faire un projet écrit qui n’est jamais le film que tu feras. Tu dois passer par là.

Patrick Leboutte
Oui, mais cela s’appelle la ruse.

Philippe Simon
Ce qui est important dans ce que vous dites, c’est que cette vieille distinction entre documentaire et fiction est obsolète aujourd’hui en regard de la production audiovisuelle et d’images industrielles. Dans ce que Patrick dit, nous quittons la fiction et le documentaire dans la mesure où ces deux catégories ont fonctionné comme repoussoir l’une de l’autre. La question de la maîtrise dans la fiction était d’autant plus magnifiée que le documentaire existait comme parent pauvre. Il y a aujourd’hui un cinéma qui est à la périphérie de ce qu’on appelle le cinéma d’auteur et qu s’en est évadé. Je trouve cela plus intéressant.

André Romus
Moi aussi. J’ai tout de même l’impression que c’est cette démarche-là que tu défends plus précisément.

Patrick Leboutte
André a raison sur un point mais c’est plus des logiques économiques. Une fiction coûte en général plus cher qu’un documentaire et donc tu es souvent plus contrôlé. Ce n’est qu’une division économique. Ce que j’appelle le geste cinématographique, c’est ce qui circule entre trois pôles et qu’il faut ces trois pôles pour qu’il y ait geste cinématographique.

En fait, chaque pôle documente l’autre, que ce soit du documentaire ou de la fiction. Le pôle filmant documente le pôle filmé et qui en retour documente le pôle filmant. Et moi, spectateur, je suis documenté par cette relation-là. Me documente non sur moi mais sur mon rapport au monde. Et je peux très bien documenter le cinéaste en envoyant une lettre ou que sais-je. Ca circule. En ce sens, l’art est documentaire.

Philippe Simon
Moi je disais, abandonnons ces pôles fiction et documentaire dans le sens que c’est ainsi que nous pourrons approcher aujourd’hui ce qu’est le cinéma.

Patrick Leboutte
C’est ce qu’abandonne d’ailleurs un certain nombre de films. Qu’est-ce qu’un film de Kiarostami, de la fiction ou du documentaire ? En réalité, cela se joue entre les deux. Il y a un regard documentaire sur ces histoires, sa fiction. Même dans une fiction, les choses ne sont pas si simples que cela. Tu peux travailler la fiction et puis tu as le regard du cinéaste, qui fera vivre cette fiction.

Prenons un scénario, ce qui compte c’est de filmer le rapport à ce scénario, ce n’est pas de filmer le scénario. Filmer le rapport au scénario n’empêche pas la fiction. C’est votre fiction du scénario, c’est votre manière de le vivre. Il y a aussi ce grand cinéaste même si on n’a jamais vu son film au Parc, Pedro Costa (Dans la chambre de Vanda n.d.l.r.). Un cinéaste aujourd’hui parmi les plus importants. Ou Alain Cavalier. Ou certains films de Godard.

Emmanuel Massart
Il y a une phrase de Comolli que j’aime bien où il dit qu’en découvrant le documentaire, il a découvert qu’il n’y avait pas seulement sa fiction, mais aussi, la fiction de l’autre. Lorsqu’il a commencé à réaliser des documentaires, il y a eu basculement.

Patrick Leboutte
Oui, filmer, c’est inventer l’autre. Le problème, c’est qu’en utilisant ce mot, en osant utiliser ce mot, la plupart des gens – et on ne peut pas leur en vouloir – pensent « Strip-tease » ou « Envoyé spécial ». Je ne parle pas de cela.

André Romus
Le documentaire est à l’opposé de l’info, du journal télévisé.

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