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Projet « Hodimont en V.O. » par Des Images et Le CAP

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Après un siècle d’existence, le cinéma a définitivement quitté son lit. Excédé par le formatage qu’elle suppose, il a rompu les digues où l’enserrait l’industrie, débordant à présent dans un territoire élargi. Encouragé par les nouvelles technologies numériques et libéré par les petites caméras digitales, toujours à portée de main, d’une légèreté sans précédent, sa part la plus vivante, comme la plus engagée, se situe désormais en dehors des circuits traditionnels (de formation, de production, de diffusion). Essor de l’autobiographie et du journal filmé comme autant d’articulations inédites entre l’universel et le particulier, lettres cinématographiées, travail poétique sur les archives, cinéma d’ateliers ou d’expression populaire, films d’intervention politique ou de contre-actualité : ces pratiques, naguère minoritaires ou marginales, sont aujourd’hui monnaie courante comme autant de vaccins contre les images dominantes. Au point que leur explosion amène à parler d’un tiers-état du cinéma : d’un cinéma certes dissipé, dispersé, souvent autodidacte, mais peuplé de films sans tutelle et de cinéastes affranchis, cherchant toujours à refonder, accordant leurs moyens à leurs fins, leur esthétique à leur mode d’existence. Ainsi le centre de gravité s’est-il peu à peu déplacé, en toute connaissance de cause, vers un paysage d’images sauvages.

Des groupes Medvedkine (1967-1973) à Cinélutte (1973-1979), des films tournés en mai-juin 68, dans la fournaise des évènements, à Cochon qui s’en dédit (Jean-Louis Tacon et Thierry Le Merre - 1979), l’œuvre la plus brutale de la période, le cinéma militant signa en France le premier grand moment collectif de cette histoire, on pourrait dire sa prophétie ou sa prémonition, dotant une large part des pratiques d’aujourd’hui d’une généalogie ou mieux d’une ascendance. Catéchisme gauchiste, dit-on souvent, anomalie de temps révolus, répète-t-on mécaniquement sans même revoir les films, ignorant sottement que sous la rigidité de plus en plus relative des mots d’ordre ce cinéma partisan cachait d’abord un formidable laboratoire de formes, une décennie de turbulences cinématographiques et d’inventivité documentaire absolument irrécupérables par le pouvoir. On ne conteste jamais réellement une organisation de l’existence sans contester toutes les formes de langage qui appartiennent à cette organisation. La forme doit correspondre au contenu, écrivait Guy Debord en 1959. Autrement dit, comment combattre la domination, quelle qu’elle soit, sans recourir au langage même de celle-ci, à son vocabulaire, à ses catégories, à ses usages ? Pendant treize ans, des cinéastes, des techniciens prirent au sérieux cette invitation, orchestrant ensemble et pour la première fois à ce point leur propre sortie du système majoritaire de fabrication des images et des sons.

Entre formes de lutte et lutte des formes, ciné-tracts et ciné-train (vive les soviets !), actualités populaires et news real, depuis cinq ans ce cinéma a donc retrouvé ses couleurs. Partage de l’outil, mise en libre circulation des caméras comme des micros, abolition progressive des frontières entre filmeurs et filmés, désormais partenaires dans leur quasi-certitude d’éprouver l’Histoire du même côté, mobilité des rôles, abandon des fonctions assignées, rupture avec la vieille division du travail partout à l’œuvre dans l’industrie, avènement d’une parole inouïe, celle des pauvres et des exclus, affirmation de l’esthétique comme utopie : ce qui caractérisait le meilleur du cinéma militant des années 70 définit assez bien ce que nous aussi nous cherchons, à perpétuer le geste d’un Rouch, d’un Deligny, d’un Pierre Perrault, offrant de pouvoir se dire à ceux qu’on n’entend pas, d’écrire à nouveau l’histoire de ceux qui n’écrivent pas. A ceci près que nous sommes désormais sans illusions, délestés de toute perspective de grand soir, du bord de ce désastre politique qui nous travaille sans relâche, mus par la seule dignité du geste, du côté de la riposte immédiate davantage encore que dans la résistance. Pour nous, il s’agit d’abord de retourner comme des crêpes les montages mensongers qui nous viennent du pouvoir, de faire apparaître ceux qu’ils cachent, d’opposer à leurs flux nos durées, d’attester des récits occultés. Il s’agit de se battre images contre images à la façon d’un corps à corps. Il s’agit ainsi de ne pas se rendre. Entre les dernières grandes expériences documentaires que nous aimons (entre autres Wang Bing, Jean-Louis Comolli, Pedro Costa, Denis Gheerbrant, Claudio Pazienza, Dounia Bovet à présent), mais qui se raréfient dans les salles, et les anesthésies télévisées, notre territoire pour ce faire est immense, il est celui d’un cinéma d’espace public et non plus d’intérêts privés, proliférant et vagabond, libre de droit, propriété de tous, et maintenant présent en tous lieux, dans les jardins ou dans les granges, dans nos appartements comme dans les cours, autrement dit dans ces replis que Robert Kramer appelait justement la matrice, tout à la fois origine et promesse renouvelée du monde. On pourrait dire aussi la commune, là où le peuple durera toujours.

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Programme du séminaire de Tours « Pour faire voir : vers un cinéma d’actualité »
Rencontre avec le collectif « Sans canal fixe »
05 - Patrick Leboutte : « Les Gros Mots du baron » du collectif « Sans canal fixe »

Informations


Du 25 au 27 septembre 2009
Salle Ockeghem et Salle Raspail – Tours

Association « Sans canal Fixe »
2 place Raspail 37000 Tours
Tél : 02 47 05 24 78
www.sanscanalfixe.org/dotclear2/
mail : contact@sanscanalfixe.org

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