Verviers : carte de Hodimont
Projet « Hodimont en V.O. » par Des Images et Le CAP

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VENDREDI 25 SEPTEMBRE : OUVERTURE

CITES DE LA PLAINE
Un film de Robert Kramer
France – 2000 – 1h50 – DV

Dans le nord de la France, aux confins de la Métropole lilloise, un homme remonte le fil de sa vie. Immigré maghrébin, il a fondé un commerce contre vents et marées et épousé une Française dont il a eu un enfant. Mais cette vie difficilement conquise ne résiste pas au temps qui passe : sa mère est égorgée en Algérie, son couple se défait et, au bout du chemin, il finit par tout perdre, à commencer par la vue. Dans Cités de la plaine, son film testamentaire, Robert Kramer lie le local au global et décrit les mutations contemporaines des territoires urbains, laissant entrevoir l’avènement d’un monde où se juxtaposeraient désormais centres technologiques de décisions planétaires et vastes zones de friche ou d’abandon.

Une tour métallique aux vitres aveugles rejetant au loin l’espace qu’elles reflètent. Un bled pourri sans organisation apparente : cela ressemble à Roubaix ; cela pourrait être Casablanca ou Rio. Entre ces deux territoires, celui de l’hyperville et celui du no man’s land périphérique, une passerelle archaïque assure une liaison de pure fiction. Entre les deux, rien ne communique plus. Dans le building : des bureaux, où une poignée d’architectes et d’urbanistes dessinent le futur aménagement du territoire planétaire au service de décideurs internationaux considérant la majorité des hommes comme une minorité asservie. Dans le bled : une humanité chaleureuse, mais en sursis, se déplaçant au gré de ses besoins, de ses violences ou de ses passions entre abattoirs, hangars interlopes, arrière-salles de cafés et marché maghrébin. Le scénario de Cités de la plaine est celui de la tectonique des plaques. Une civilisation émerge et en recouvre une autre peu à peu condamnée à descendre aux Enfers.
(Patrick Leboutte in l’image, le monde, n°1, automne 1999)

SAMEDI 26 SEPTEMBRE : LE CINEMA DE MAI 68 EST A SUIVRE

En compagnie de Patrick Leboutte - critique itinérant, essayiste, ancien rédacteur en chef de la revue l’image, le monde, animateur aujourd’hui de la collection le Geste cinématographique aux éditions Montparnasse – et en présence d’Alain Nahum et Jean-Denis Bonan, membres du collectif Cinélutte, un retour sur l’Histoire, les formes et les propositions du cinéma militant français des années 60 et 70, depuis la guerre d’Algérie jusqu’aux marais salants du mitterrandisme. Au cours de cette journée seront notamment projetés

PETITES TETES, GRANDES SURFACES – ANATOMIE D’UN SUPER MARCHE.
Un film du collectif Cinélutte.
France – 1974 – 16 mm - 36’ – N&B

Les mécanismes du commerce et les conditions de travail dans un hypermarché de la région parisienne. Dans un climat de chantage au licenciement et à la promotion, de contrôle et de répression machiste, des caissières décident de réagir et s’organisent avec la complicité d’un groupe de cinéastes pour qui le cinéma est une arme.

UN SIMPLE EXEMPLE
Un film du collectif Cinélutte
France – 1975 – 16 mm – 45’ – N&B

En février 1974, les ouvriers de l’imprimerie Darboy à Montreuil, refusant leur licenciement sans indemnités, décident d’occuper leur entreprise, de se passer de leur patron et, sur le modèle revendiqué des LIP à Besançon, vivent, mangent, travaillent et luttent ensemble pendant trois mois. A l’évidence, la présence complice d’une équipe de cinéma, filmant comme on souffle sur les braises, leur a donné quelques idées. Gagnant aussi leur grève parce qu’elle fut filmée, inventant ses modalités en fonction des scènes à tourner, ils seront victorieux sur tous les tableaux, emportant à la fois gain de cause et une oeuvre magnifique. Un remake du Crime de Monsieur Lange (Jean Renoir) en version documentaire.
(Patrick Leboutte)

A PAS LENTES
Un film du collectif Cinélutte.
France - 1977-1979 – 16 mm – 43’ – N&B

Quatre ans après le conflit à l’usine Lip de Besançon, fierté de l’industrie horlogère française et théâtre de la grève la plus emblématique de l’après-68, une équipe de Cinélutte donne la parole aux ouvrières, à Renée et Christiane en particulier, figures inoubliables. Elles parlent des conditions de travail, de l’éducation des enfants, de leur rapport aux hommes, et là, soudain tout bascule, de la lutte des classes à la guerre des sexes, offrant à Cinélutte son plus beau film.

COCHON QUI S’EN DEDIT
Un film de Jean-Louis Tacon coréalisé avec Thierry Le Merre
France – 1979 – Super 8 – 40’ – couleur

Film sur l’univers concentrationnaire de l’élevage industriel, Cochon qui s’en dédit est la plus impitoyable des métaphores, celle d’un capitalisme désormais considéré comme une pure porcherie. Prémonitoires, Jean-Louis Le Tacon et Thierry Le Merre clôturaient par un pamphlet désespéré, voire un brûlot émeutier, la grande histoire du cinéma militant français des années 1970.

SAMEDI 26 SEPTEMBRE : HOMMAGE A YANN LE MASSON

KASHIMA PARADISE
Un film de Yann Le Masson et Bénie Deswarte
France – 1973 – 16/35 mm - 1h50 – N&B

Au même titre que René Vautier, Yann Le Masson est l’une des figures emblématiques du cinéma militant français. Vivisection radicale du capitalisme filmée de l’intérieur de la société japonaise du début des années 1970, Kashima Paradise, son film le plus connu, reste l’une des oeuvres les plus spectaculaires de la période dont la longue séquence finale, tournée au cœur même de la célèbre bataille de Narita, représente sans doute l’un des sommets de l’histoire du cinéma direct : opérateur exceptionnel, Yann Le Masson y rivalise sans aucun moyen avec les plus onéreuses superproductions, morceau d’anthologie qui prend plastiquement une allure eisensteinienne, avec ses policiers teutoniques aux boucliers blancs montant à l’assaut d’une forteresse baroque, hérissée de mâts et de tourelles, et dressée sur la plaine comme un Potemkine improvisé, faisant claquer au vent des centaines de drapeaux rouges (Jean-Paul Torök, Positif).

DIMANCHE 27 SEPTEMBRE, matin : VERS UN CINEMA D’ACTUALITE

En prenant pour point de départ l’expérience du collectif « Sans canal fixe », associant librement réalisateurs et techniciens dans un même projet cinématographique en Touraine, une journée de réflexion, de projections et de discussions collectives centrée sur les nouveaux rapports qui se tissent aujourd’hui entre tiers-état du cinéma, cinéma d’espace public et cinéma d’expression populaire. En présence de quelques hôtes venus de loin (de Belgique, de Franche Comté, de Poitiers, de Normandie) ou tout simplement sortis de la bouche du métro (et la vérité sort toujours de la bouche du métro), il s’agira d’abord de se reconnaître autrement que par Internet ou par ouï dire ; il s’agira donc d’organiser la rencontre, possibilité qu’à terme l’addition de tous devienne un peu plus que la somme des parties. Notre méthode sera directe, fondée sur l’expérience et non sur l’expertise ; il ne saurait être question ici d’élire ou de prescrire d’éventuels bons objets :

1) Comparer nos films et nos démarches, nos projets comme nos méthodes
2) Repérer nos lignes de force, mais oser nommer aussi ce qui nous manque
3) Analyser nos raisons autant que nos questions sans jamais perdre de vue la place du spectateur qui, en définitive, reste toujours celui qui raccorde.

Quant à l’objectif, nous ne le cachons pas : commencer à nous doter d’un appareil critique radical, mais rigoureux, conçu en dehors de toute obédience, tant reste vrai qu’un autre cinéma ne s’impose durablement qu’à l’écart des chapelles, dans la plus extrême exigence mais aussi la croyance absolue en lui-même. Il faudra donc tout penser à la fois, nos manières d’être, nos façons de faire, théorie et pratique, ramifications et rhizomes, actes cinématographiques et gestes pédagogiques, modestement. Manière de dire qu’un dimanche n’y suffira pas, ce dont nous sommes parfaitement conscients : ceci n’est qu’un prélude, un préalable indispensable à la réaffirmation du cinéma comme expression populaire. Prochain rendez-vous dans deux mois, ici même, en attendant Liège, Besançon ou le Café des images, « à suivre » restant plus que jamais un des mots d’ordre du geste documentaire.
Patrick Leboutte

DIMANCHE 27 SEPTEMBRE, 14h30 : L’HISTOIRE EN SOI

Exil, deuil, perte de ce qui raccordait à plus grand que soi – pays, peuple, origine, Histoire. Blessures intimes, dit-on, pour désigner cette part d’universel résonnant dans le singulier. Deux femmes, deux jeunes cinéastes d’aujourd’hui, consacrent leur premier film à rejoindre et faire leur l’histoire douloureuse de leurs mères marquées à vie par le fascisme pour l’une et par la guerre d’Algérie pour l’autre. Deux films d’amour au centre desquels à chaque fois un homme s’est absenté.

LIBRO NERO
Un film de Daniela de Felice
France – 2007 - 20’

A travers le portait de son grand-père et plus encore de sa mère dont elle assume l’histoire, Daniela de Felice compose un essai personnel sur le fascisme tel qu’il imprègne l’enfance et contamine le quotidien.

LES RACINES DU BROUILLARD
Un film de Dounia Bovet-Wolteche
Belgique – 2009 – Super 8 – 53’ – N&B

A la mort d’Ali, héros et militant de l’indépendance algérienne, Axelle qui fut son amie et tenta en vain de le sauver dans un hôpital à Paris, revient en Algérie où elle-même fut institutrice dans les années 60. Sa fille Dounia, cinéaste, l’accompagne. Toutes deux se réapproprient ensemble cette terre, ces espaces, ces corps, ces promesses et ces récits qui depuis toujours les habitent et les fondent.

DIMANCHE 27 SEPTEMBRE, 17H : VERS UN CINEMA D’ACTUALITE (SUITE)

Au cours de cette séance sera notamment projeté en présence de sa réalisatrice.

LIEUX COMMUNS
Un film de Martine Deyres
France – 2003 – 14’ - DVCam

Une journée à l’intérieur de la gare de Valence TGV, infrastructure standard aux allures de mini-aéroport implanté au milieu de nulle part. Il y a la clientèle, qui ne fait que passer, et ceux à qui leur travail impose de rester, hôtesses d’accueil, agents de contrôle et personnel d’entretien. Si ces deux mondes se frôlent, dans la répétition mécanique et burlesque des gestes et des trajets, ils ne se rencontrent pas. La charge pamphlétaire et pour tout dire politique de ce beau documentaire de Martine Deyres réside principalement dans la froideur clinique de cet écart, au point que la cinéaste nous donne l’impression de filmer moins un non-lieu qu’un rapport de classe, au sens le plus strict du terme.
(Patrick Leboutte)

DIMANCHE 27 SEPTEMBRE, 21h30 : HOMMAGE A RENE VAUTIER

LES TROIS COUSINS
Un film de René Vautier
France – 1970 – 16mm – 10’ – couleur

Fiction tragique sur les conditions de vie de trois cousins algériens à la recherche d’un travail en France. Logés dans un réduit, le poêle à charbon provoque leur mort par asphyxie.

LES AJONCS
Un film de René Vautier
France – 1970 – 16mm – 14’ – couleur

Un immigré algérien vend des ajoncs dans une petite ville de Bretagne. Sa carriole est violemment renversée par un agent de police raciste. A la sortie de l’usine située près de là, les ouvrières en signe de solidarité ramassent les fleurs dispersées et les lui paient parvenant même à faire fuir le pandore (interprété par René Vautier). Une fable poétique et burlesque renouant avec les saynètes morales du cinéma muet.

En présence de René Vautier

Ailleurs sur le site


Séminaire de Tours « Pour faire voir : vers un cinéma d’actualité »
Rencontre avec le collectif « Sans canal fixe »
05 - Patrick Leboutte : « Les Gros Mots du baron » du collectif « Sans canal fixe »

Informations


Du 25 au 27 septembre 2009
Salle Ockeghem et Salle Raspail – Tours

Association « Sans canal Fixe »
2 place Raspail 37000 Tours
Tél : 02 47 05 24 78
www.sanscanalfixe.org/dotclear2/
mail : contact@sanscanalfixe.org

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