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Accueil du site / Grands entretiens / GE n°03 - Le prof de morale Jacques Duez / 05 Jacques Duez : rencontrer l’humanité à travers un écran

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Un personnage assez fort émerge de Journal de classe. Dans la quatrième émission, il y a ta rencontre avec Johnny. Cet enfant possède un discours extrêmement construit auquel tu n’as pas la capacité de répondre. Cela devient presque effrayant.

Oui, tout à fait. Johnny, ça m’a fait froid dans le dos. Cette espèce de froideur qu’il a, lui. Enfant, il savait bien ce qu’il allait faire. Il allait faire telle chose pour pouvoir être mis à la porte de la classe… Remarque que lors du montage de ce Journal de classe (où Jacques Duez revoit Johnny devenu adulte, des années après les images prises en classe, n.d.l.r.), je l’ai appelé en demandant de venir parce que c’est quand même jouer avec une image de lui. Il avait par avance donné son accord mais on souhaitait quand même qu’il vienne au montage pour nous mettre en garde par rapport… Il n’est pas venu. Je l’ai rappelé après la première diffusion… Il me dit alors qu’il est tout simplement content, que ça lui a fait du bien.

Mais les documents, ils sont quelque part à la RTB qui gère… De temps en temps, sans me demander quoi que ce soit, on rediffuse… A un moment donné, ce document a été rediffusé tous les jours pendant une semaine, en boucle. C’était bien après les premières diffusions. Johnny suivait une formation à cette époque. Le fait d’être ainsi placé sous le regard des gens quasiment tous les jours, il a explosé ! Il nous a menacés de justice. Il nous a écrit des lettres… alors que moi, je n’avais aucun regard sur la diffusion.

Finalement, il a exigé avec mon soutien que ce document ne soit plus diffusé. Donc, un document te semble bien construit, fabuleux… Il touche beaucoup de gens mais pour la personne qui porte ça, ce n’est pas simple ! C’est un métier fabuleux mais il faut réellement faire très attention.

Remarque bien que le même document diffusé localement sur Télé Mons (où Jacques Duez possède une case mensuelle, « Babebibobu », n.d.l.r.), même si l’enfant le voit, n’a pas le même impact que si c’est diffusé sur la RTB. C’est pour cela que j’aime travailler avec les télévisons communautaires : il y a une proximité. Il faut faire très attention par quel canal ces choses sont diffusées.

Pour reprendre le fil de l’histoire de Johnny, c’est un enfant qui débarque un jour dans une classe tranquille, comme quelqu’un de bien différent des autres, enfin en tout cas dans l’émission, il est présenté comme ça.

C’est tout à fait ça. C’était une école tranquille avec des enfants sages et puis débarque ce personnage tel un OVNI. Il s’installe et fascine tout autant les enfants que moi. Je le dis à son institutrice : « Vous savez, ce Johnny, c’est un génie. » Elle me montre son bulletin : trente pourcent. J’en parle avec les enfants. Personne n’était au courant de son histoire à l’école sauf les gosses du cours de morale. Je propose : « Est-ce que tu ne crois pas que ce serait bien qu’on invite les instits à voir le document ? » Il est d’accord. C’est une séquence qui est dans l’émission Journal de classe.

Lors de cette diffusion, il est d’abord écrasé entre les deux adultes et à un moment donné, l’institutrice le prend et l’écrase sur son sein, là ! C’est à mourir de rire. Au fur et à mesure que tu vois les instits émus, c’est-à-dire revenir dans leur humanité, tu vois le gamin qui émerge comme un soleil et qui commence à dire : « Aaah, j’existe », à part égale au niveau de l’émotion.

« Oui, j’aimerais bien le prendre ! » dit l’institutrice, donc. Et l’autre instit, il ne sait plus parler, il ne sait plus parler tellement il est ému. Parce qu’il est papa ! Ce type, voulait devenir militaire. C’est la seule fois que j’ai vu l’humanité de ce bonhomme.

Ce qui m’a d’abord fasciné c’est le regard des autres enfants qui voient quelqu’un avec une expérience, quelqu’un qui peut déjà leur transmettre des choses alors qu’il a le même âge qu’eux.

Il a une expérience de vie que les autres n’ont pas. Et d’ailleurs, à un moment donné, le petit Frédéric dit : « Lui, il peut bien parler ! Ce n’est pas du vent. » Il dit quelque chose dans ce goût-là. C’est ça qu’il faut tenter de faire. On est tous porteur de sa propre histoire. Donc on peut au moins tous témoigner de l’expérience que l’on a de la vie. Et en cela, chacun de nous, et chacun des enfants, est irremplaçable ! Je ne veux pas parler à la place de Frédéric. Donc, même dans l’expérience qu’est l’expérience de Johnny, lui seul est autorisé à parler de lui.

Les mômes, ce sont des génies. Il y a des documents où les gosses disent : « Il faudrait montrer à nos parents un petit peu du cours de morale. On ne dit quand même pas que des conneries. » Alors, j’invite des parents… Et Jean reconnaît que son fils est plus intelligent que lui… A présent, il va l’autoriser à avoir accès à certaines choses dans la maison, qui jusqu’alors ne l’étaient pas : « Touche pas, attends de grandir. »

C’est extraordinaire, ce papa rencontrant son fils à travers un écran. Donc, il déjeune avec lui tous les jours, il dîne, il soupe avec lui et il le rencontre en dehors de chez lui, à travers un écran. C’est quand même assez étonnant. Qu’est-ce qui empêche dans le cercle familial que des parents ne puissent pas rencontrer la singularité de leurs enfants ?

C’est à la fois ce que tu apportes dans la discussion, cette capacité d’émerveillement et l’aide de la caméra qui en fait une expérience partageable.

C’est d’ailleurs pourquoi au tout début, j’ai enregistré ces paroles. Je voulais faire entendre aux enfants ce que disaient d’autres enfants. A ce moment-là, je pouvais voir un petit peu ce qu’ils pensaient, les confronter…

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