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Accueil du site / Grands entretiens / GE n°03 - Le prof de morale Jacques Duez / 08 Jacques Duez : le savoir et le vivant

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Dans le cadre d’un travail sur l’écologie dans le secteur de l’Aide à la Jeunesse, je me suis rendu compte que ce thème représente une question de savoir, que l’on a ou que l’on n’a pas, qu’on devrait posséder ou non, dans une relation entre adultes et jeunes alourdie par les notions de transmission et de responsabilité. Or, en général, le jeune est écrasé, en-dessous. L’écologie signifie que l’on doit s’intéresser au monde. Et le jeune, lui, n’est pas intéressant. Il ne fait pas partie du monde. Il ne parle pas sauf pour dire ce que l’on attend de lui.

De ton côté, tout le monde peut avoir le micro. Tout le monde peut être face à la caméra. Tout le monde a le droit d’inventer quelque chose. Néanmoins, les enfants le reconnaissent notamment dans Les enfants de la marche blanche : « Oui, mais toi, tu sais ce que c’est la justice, donc, toi tu sais ce qui est juste, mais nous, nous ne pouvons pas penser comme toi. » Ils reconnaissent aussi une inégalité de position…

L’écologie est un excellent sujet. Effectivement, comme tu le dis, l’écologie : on sait ou on ne sait pas. On connaît les mécanismes ou on ne les connaît pas. Eh bien, ce n’est pas vrai. Pour le 400ème anniversaire de la naissance de Québec, le chorégraphe Franco Dragone m’avait contacté pour faire une série d’interviews d’enfants autour de l’écologie. Je t’avoue très sincèrement que je n’y connais rien. Je n’ai pas de savoir de l’écologie. C’est ce qui me sauve, dans ce travail avec les mômes.

J’ai commencé en me demandant : « Mais qu’est-ce que les enfants vont pouvoir bien raconter là-dessus… ? » Je suis finalement parti d’un truc idiot. « Il y a des mouches chez toi ? Qu’est-ce que tu en fais ? » « Je les écrase. » « Tu écrases les mouches ? » « C’est un être vivant quand même une mouche ? » « Ouais, mais ça pique, etc. ! » Petit à petit : « Et tu ne pourrais pas, je ne sais pas moi, prendre la mouche... Tu ne pourrais pas être copain avec une mouche ? », « Ben non. Pourquoi est-ce que je serais copain avec une mouche ? »

Tu commences avec des petits trucs comme ça, et puis avec une guêpe, et puis… Et puis, « Comment se fait-il que tu pourrais plutôt être copain avec tel petit animal et pas avec tel autre animal ? » « L’araignée, je l’écrase, etc. » A un moment donné, je dis : « Ton papa, il fait un jardin chez toi ? » « Il y a des tomates chez toi ? » « Tu pourrais être copain avec une tomate ? » Une petit fille, une belle petite fille, une adorable petite fille qui, tout doucement, dit : « Mais bon, écoute, tu comprends ce que je dis ou pas ? »

C’est-à-dire que l’écologie, c’est aussi des choses apparemment idiotes. A la limite, pourquoi est-ce que j’écrase une mouche ? C’est un être vivant. Pourquoi est-ce que cet être vivant-là n’a pas le droit à mon respect ? C’était comique parce que les enfants ont une imagination que tu n’as pas. « Les mouches seraient peut-être bien contentes d’être ta copine. » « Ouais, mais les mouches, elles ont quand même des copines… » Et alors finalement, elle s’imagine comment les mouches… Elle se pose des questions sur la mouche, ou bien sur l’araignée, ou bien… C’est une approche plutôt sensible et émotionnelle. Ils n’ont pas de savoir ! Et j’ai fait tout un travail !

Donc ici, tu évites la question du savoir. C’est vrai qu’il y a des questions de savoir. Mais je pense qu’un gosse qui ne sait rien, il peut très bien, on peut très bien parler d’écologie avec lui. Parce qu’il a une expérience de la vie. Il sait ce qu’est une mouche. Donc, il a une expérience du vivant ! L’écologie, c’est quand même tout le rapport au vivant ! Comment faire en sorte que le vivant, je puisse le respecter.

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