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Première réalisation de Hara, ce film 16mm artisanal prolonge son expérience préalable comme assistant dans une école pour enfants handicapés de Tokyo. Encourageant à l’époque les élèves les plus âgés à sortir en ville et se confronter au monde extérieur, il note ainsi les regards horrifiés des passants. C’est la matrice du film à venir : l’opposition entre valides et non-valides, nous et eux. Hara convainc ainsi un groupe d’adultes, paralysés cérébraux, les « Green Grass » de passer à l’action pour redéfinir la perception dont ils sont l’objet et poser ainsi la question de leur présence dans la société.

Le groupe, d’abord réticent, s’engage et finance lui-même le projet. Hara définit avec eux les scènes à tourner, et plus généralement la stratégie à adopter face aux spectateurs, dans et devant l’image. Le résultat apparait une volée de coups de poing projetés dans la ville : le passage des infirmes dans le métro, dans les rues pour distribuer des tracts, réciter des poèmes ou pointer un appareil photo sur les passants provoque tour à tour incrédulité, pitié, indifférence gênée voire colère, …

S’intercalent entre ces évènements des discussions où sont évoqués la fragilité de la vie de couple, la joie d’être père ou la vision du sexe, jusqu’à ce qu’éclate une violente dispute familiale au milieu d’une discussion des producteurs, Hara n’hésitant pas à traquer l’épouse ulcérée par le film et ce qu’il exige de son mari, tout comme il cherche les habitants de Yokohama par ailleurs.

Il renforce cet inconfort permanent par le refus de sous-titres (pour le public japonais) et un son désynchronisé, obligeant à tendre l’oreille devant ce que l’on ne comprend pas d’emblée. Le cadrage, de la main de Hara lui-même, porte la même violence, fusant sur les gens filmés, à portée d’œil, achevant d’épuiser à la fois le groupe de paralysés, lui-même, les citadins et finalement les spectateurs. Attentif à la portée politique de son entreprise, Hara tenait néanmoins à ce que les dialogues soient repris dans une brochure distribuée lors des projections, affirmant le discours autant que l’expérience physique de Goodbye CP.

L’exigence que représente ce tournage pour les « Green grass » culmine dans la chair de Yokota Hiroshi, personnage principal, dépouillé de ses vêtements face à nous, jambes infirmes repliées sur le sol bétonné de la rue déserte, sous l’œil de quelques curieux doublant l’œil de la caméra pour confier son désespoir, l’échec de ne pouvoir vivre seul, le sentiment d’avoir été au bout de ses capacités. Ainsi, Yokota a traversé le film comme un épisode majeur de sa vie, lui renvoyant son identité, ses limites, et finalement qu’on ne peut pas échapper à soi-même.

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