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Au début des années 80, le réalisateur Immamura Shoei travaille pour la télévision sur des portraits d’anciens soldats ayant combattu dans le Pacifique. Sur sa route, il rencontre Okuzaki Kenzo qui a servi en Guinée. Face à la caméra, l’homme met en cause l’empereur Hiro Hito, tabou absolu au Japon, ce qui signe l’arrêt de mort du film pour la télé.

Immamura passe alors le relais à Hara qui travaille avec des fonds indépendants. Ce dernier est fasciné par le personnage hors-normes… Okuzaki peut sembler un héros justicier dans sa volonté de faire la lumière sur plusieurs exécutions troubles de soldats ordonnées une fois la guerre terminée… Et soulever au passage le couvercle du silence au pays. Il n’en a pas moins un passé de meurtrier, une fois revenu à la vie civile et il passé quelques années en prison pour la cause.

Pour ajouter à la complexité de l’affaire, l’homme ne s’embarrasse pas de moralité dans ses moyens de parvenir à la vérité, débarquant chez ses anciens supérieurs sans prévenir, menaçant voire frappant ses interlocuteurs quand il ne les juge pas digne ou coopérant.

Cette tension touche le spectateur qui ne sait jusqu’où Okuzaki ira pour tenir sa vérité… Pour accentuer sa pression, il s’attache au passage les services de personnes étrangères aux faits pour représenter la famille des disparus… Leur assurant qu’ils n’auront rien à dire et que lui-même s’occupera de tout.

Et Hara dans tout ça ? Sans cesse dans le sillage de Okuzaki, il apparaît impassible, profitant des situations provoquées par le personnage et de leur dénouement impossible à prédire. Hara se retrouve sur le fond au service de Okuzaki… Et Okuzaki au gré de ses humeurs l’engueule vertement, menaçant de mettre un terme à leur collaboration ou souhaite exprimer sa gratitude, proposant de mettre sur pied quelques coups d’éclat qui donneront plus de sel au film. Il va ainsi jusqu’à lui proposer de filmer un meurtre auquel il songe.

La caméra, en enregistrant Okuzaki, peut sembler offrir la symbolique d’un tribunal acquis à la cause du héros vengeur ; l’ancien militaire demandera même à Hara certains rushs pour les utiliser dans un tribunal. Hara refuse. Dans sa croisade, l’ancien soldat considère The Emperor’s Naked Army Marches On comme son monument et Hara son serviteur.

Mais le personnage, dans sa volonté rédemptrice outrancière, dérape et finit étrangement par devenir comique… Nous le voyons ainsi s’enfermer dans sa voiture et hurler au haut-parleur ses menaces décousues face à l’empereur bien que cerné par la police, ou commettre un discours sur l’état moral du pays au beau milieu d’une fête de mariage… C’est ce mélange étonnant de droiture, de burlesque et d’inquiétude quant au fond du personnage qui offre au film sa complexité et Hara de nous permettre de prendre distance.

Par ailleurs, ce genre de sujet prête habituellement à l’usage d’archives, au commentaire d’historien ou d’anciens soldats mais ce serait rompre avec l’écriture propre à Hara, n’abandonnant rien au présent du tournage, faisant avancer le récit à la mesure des coups lancés par son personnage, lui-même encouragé par la présence de la caméra.

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