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Quand Hara projette de faire un film avec Inoue Mitsuharu, figure littéraire d’importance au Japon, il garde au fond de lui la méthode élaborée avec Okuzaki, l’ancien militaire de The Emperor’s Naked Army Marches On. Il propose ainsi à l’homme de lettres d’écrire un script, de projeter ses propres actions à venir, avant que le réalisateur n’y infuse à son tour ses propres éléments de mise en scène.

C’est sans compter qu’Inoue n’est pas Okuzaki... L’écrivain ne souhaite pas exposer son intimité profonde à la lame de la caméra, et en bon conteur, tient à avancer masqué derrière des artifices de bon goût. Au tout début de A Dedicated Life, le personnage apparaît d’ailleurs grimé en geisha dansant avec raffinement et provocation sur scène pour un public d’amis, amis au milieu desquels il distribuera ses bons mots lors de grands repas, comme le roi à ses sujets. En regard de ces agapes, il professe son art dans divers séminaires où les élèves apparaissent suspendus à ses lèvres. Voilà pour le personnage public de départ.

Le travail de Hara va consister à déplacer ce trop beau portrait, de voir ce qu’il y a au-dessous. Ce sont par exemple les séquences hautement didactiques où l’autobiographie de l’écrivain est confrontée aux témoins de sa vie, faisant affleurer les nombreux et larges aménagements avec la réalité.

Hara se permet même d’enchâsser une séquence purement fictionnelle pour appuyer son geste. Séquence assez belle en soi qui traduit l’ambivalence de ce déshabillage : réel certes mais bienveillant, relevant implicitement qu’un homme de lettres ne pourrait s’empêcher de nous raconter ces nécessaires belles histoires.

Le film va surtout basculer par l’annonce inattendue d’un cancer de l’auteur, la décrépitude progressive jusqu’à la mort. Les banquets se font rares, l’homme devient un patient comme les autres avant de laisser une bonne partie de son foie sur la table d’opération, face à nous.

Hara tente également un dispositif proche de Citizen Kane où ceux qui l’ont connu témoignent, espérant que les langues se délient notamment sur sa prodigalité sexuelle. Mais, ces épisodes renforcent plus volontiers la légende de « l’homme extraordinaire. »

On ne peut que souligner enfin, hommage discret du cinéaste, la dernière image de l’écrivain à l’écran, disparaissant sous nos yeux alors qu’il monte avec une noblesse crépusculaire les marches de l’escalier de sa propre maison, comme l’acteur quittant la scène avant le noir final.

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