Verviers : carte de Hodimont
Projet « Hodimont en V.O. » par Des Images et Le CAP

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Béribou (Lieu-Dit), Cerexhe (rue Jules), Fanchamps (rue Pierre), Léopold (Pont), Messieurs (rue des)

Pour cette troisième balade dans Hodimont, Pierre-Nicolas est absent. Je suis donc seul, un peu fébrile, moins assuré face aux autres. Dans les rues, avec le micro en main, c’est presque un pistolet que je pointe et je m’étonne de ne pas faire un peu peur. Comme je souhaite arpenter les limites du quartier avec mon compagnon de route, je choisis une autre voie cette fois, attendant son retour pour continuer la tâche.

Pour trouver mes marques, je choisis deux repères. Premièrement, si je dois engager la conversation, je privilégie la question de « Que faites-vous dans Hodimont un samedi ensoleillé comme aujourd’hui ? » C’est vrai que pour mi-octobre, nous avons de la chance… Deuxièmement, pour ne pas paraître trop étranger au quartier, je choisis de saluer tous ceux qui passent à ma hauteur, de manière légèrement appuyée, vive. Je suis là, avec les autres, avec un égal respect mais sans me détourner.

Je me souviens de Patrick Leboutte qui me disait que dans les quartiers populaires, les gens regardaient d’abord droit le nouveau venu, mais une fois que celui-ci avait décliné son identité, qui il était – et un bonjour suffit souvent –, on te foutait la paix. Tu entres ainsi dans quelque chose, tu te relies même silencieusement avec les autres.

Dans les quartiers bourgeois, et sûrement dans la rue du Brou, la rue verviétoise aux commerces, c’est l’inverse : on ne regarde pas les autres. Personne n’existe en dehors de la bulle privée. Les rues sont ainsi de grandes zones d’anonymat où l’humanité semble s’être retirée comme la mer à marée basse. Les hommes et les femmes y sont pour des papiers, des achats, retrouver quelqu’un. On ne fait que passer. Pas la peine de se relier à l’autre. C’est sûrement avec cette philosophie qu’une incompréhension peut naître entre les deux rives de la Vesdre, si ce n’est ce fameux sentiment d’insécurité.

Peut-être est-ce moins fort à Verviers qu’ailleurs, mais cela demeure mon sentiment général. Donc, je dis bonjour et je regarde les gens. Je ne suis pas déçu de leur réaction… A chacune de nos sorties, les Hodimontois sont chaleureux. Ils nous demandent pourquoi un micro, pourquoi une caméra ou un appareil photo, mais c’est d’abord une façon de nous demander comment nous allons. Je ne perçois jamais de méfiance jusqu’ici, au contraire du centre de Liège ou même à Sainte-Walburge où Des Images a travaillé. Hodimont sent bon le peuple.

Je tourne beaucoup rue des messieurs, remarquant des grandes zones vides transformées en parkings clôturés. La clôture finit même par envahir deux espaces laissés en friche mais qui n’ont aucun usage, qui n’expriment rien. C’est dire au passant : « Ici, il n’y a rien. Et ce serait encore trop que ce rien te serve, toi, à quelque chose. » Espace violent.

Une femme nous dit que ces trous clôturés – à côté du parking de l’UCM - appartiennent à la ville. Elle est aux fourneaux d’un restaurant de la rue Cerexhe, et nous sommes à l’arrière de la bâtisse. Alors que je m’attends à ce que cette dame habite loin du quartier, elle ajoute habiter rue Fanchamps. « Les voisins sont extraordinaires. Quand je rentre du travail, ils me donnent souvent quelque chose à manger. » « Vous devriez plus souvent rentrer du travail, alors ! »

Plus loin, au pied du pont Léopold, face à la CSC, un autre espace rempli de hautes herbes mais laissés lui sans clôture donne à Hodimont un zeste de sauvagerie. Tant mieux : le béton partout n’est pas agréable ; autant laisser à la nature une place. Nous pourrions utiliser ces divers espaces pour, par exemple, en faire un potager… A réfléchir.

Pour témoigner que Pierre-Nicolas et moi-même sommes là pour quelques temps dans le quartier, je choisis de repasser au lieu-dit Béribou, aux anciennes usines Nyssen, le long de la Vesdre, sous Lambermont. Des enfants jouent sur le parvis de l’ancienne usine. En levant la tête, vers le logement à côté des bureaux Nyssen, je vois une mère attentive à sa fenêtre. J’explique que je viens parler du quartier. Elle m’invite à monter lui rendre visite. Allons-y.

Elle est débarquée il y a deux mois de Spa, qui est devenue une « ville de bourges » pour reprendre ses mots, où, sans argent, cela devient difficile de vivre. Les magasins y sont devenus trop chers. Alors qu’ici, à Verviers, de l’autre côté de la rivière, se côtoient un Colruyt, un Aldi, un Lidl. Un autre habitant de l’endroit, Gregory, dira quelques instants plus tard, que Verviers a une tradition sociale, que l’on juge moins qu’à Liège par exemple.

Gregory m’assure que l’endroit où nous nous trouvons, lieu étonnant qui n’apparaît pas clairement ni sur les cartes, ni pour la Ville, ni pour les GPS, ni même pour ses habitants (Lambermont ? Hodimont ? Verviers-ville ?), que ce lieu donc doit se nommer lieu-dit Béribou. Un lieu où l’on pénètre via une servitude appartenant à l’ancienne usine et qui est riche d’un « îlot » sur la rivière et d’un « château », situé en amont du quai !

Nous montons finalement les marches extérieures de l’immeuble pour déboucher sur le coteau, à flanc de colline. C’était une forêt vierge mais Gregory a mis de l’ordre, replanté à certains endroits, mis une pelouse à d’autres. D’en bas, personne ne peut soupçonner ces trois étages de terre qui offrent au regard de voir la colline de Heusy recevoir les derniers éclats de soleil. Mon guide a son coin de paradis, pas pareil aux images de magazines, mais tranquille comme un nid surplombant la ville. C’est beau. On laisse un peu de temps passer. Gregory parle un peu de lui, du lieu, de sa vie.

Il pointe en bas, au milieu de la rivière, un amas de pierres qui émergent de l’eau. C’est là, sur cette espèce d’îlot, que les pêcheurs de truite viennent de mars à décembre jeter leur ligne. Je suis stupéfait. Coincés entre les anciennes usines, des surfaces commerciales modernes et une poignée de maisons – le hameau Béribou -, un îlot rassemble des pêcheurs discrets au milieu de la ville. Gregory me parle d’un vieil homme de 75 ans qui vient souvent. Il faut le rencontrer !

Le soleil décline. On se serre la main. Je promets de revenir. « Tu es bienvenu », ajoute-t-il. Je repasse rue Fanchamps, deux gamins attendent le bus. « On m’a dit que c’était fort convivial entre les gens, ici. » Le garçon, 15 ans, répond : « C’est parce qu’on est Turcs. » « Oui, mais c’est une Belge qui m’a dit ça, pas une Turque ! » « Oui, mais c’est parce qu’on est Turcs. » Ils sourient. L’autre est Italien. Le bus arrive. Chacun s’en va.

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