Verviers : carte de Hodimont
Projet « Hodimont en V.O. » par Des Images et Le CAP

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Bettonville (rue), Chapelle (rue de la) , Messieurs (rue des), Moulin (rue du)

Toujours curieux du terrain vague clôturé de la rue des Messieurs, Pierre-Nicolas et moi nous rendons sur les lieux. Au coin du gigantesque parking, notre oeil est attiré par un grand bâtiment de pierre sans enseigne. L’édifice est majestueux et tranche avec les maisons alentours. En général, dans le quartier, ce genre de lieu imposant semble endormi dans un passé glorieux et, sans être une ruine, témoigne des signes du temps qui passe, tel le château Nyssen au pied de la rue des combattants.

Cet hangar, par contre, garde une belle pierre grise, des châssis dégagés et entretenus, et par quelques signes concédés à la modernité comme des portes de garage électriques, s’ancre volontiers dans le présent. Nous sommes rue des messieurs, numéro 29. Une femme charge des sacs de pommes de terre pré-épluchés dans le coffre de sa voiture. Elle s’en va et laisse une dame d’un certain âge devant nous.

Intrigués, nous engageons la conversation. Nous apprenons que nous sommes devant le grossiste de pommes de terre Rensonnet, présent dans le quartier depuis 6 générations. Plus tard, nous verrons un panneau avec quelques photos d’époque, et une date, une seule : 1884. La dame avance qu’étant si connus, ils n’ont pas besoin d’enseigne. « Nous travaillons au marché de Droixhe et nous livrons jusqu’à Aix-la-Chapelle. »

Annie Rensonnet ajoute qu’étant flamande, elle n’habite pas depuis si longtemps à cette adresse, à peine 50 ans. Monsieur Rensonnet, Jean, lui, est né Hodimontois - avant que la commune ne devienne un quartier de Verviers - il y a 84 ans. Précisément, il a vu le jour dans la maison en face, actuellement la mosquée turque de Hodimont. « Il est né Hodimontois. Il mourra Hodimontois. » Le reste de la famille a migré vers Heusy, Spa,...

Nous sentons chez ce vieux couple la fierté née du travail, la volonté d’un nom et une reconnaissance passée. C’est le fils qui s’occupe aujourd’hui des affaires familiales, et dans le hangar, quelques gros camions portent fièrement le nom de la maison. Jean, que nous rencontrerons un peu plus tard dans leur salon, voit à travers la fenêtre le passé du quartier : le charbon jeté dans le poêle de l’usine en face, et plutôt que l’école de Hodimont, la maison communale qui l’a précédée au bout de la rue Bettonville.

Nous écoutons tranquillement Jean et Annie se relancer l’un l’autre sur les lieux, les dates, les gens. C’était autrefois. Quand il se dit Hodimontois pour toujours, Jean laisse échapper un petit rire tranquille, comme une fumée douce et invisible.

Annie remonte le temps et voit dans la chute du beau quartier de Hodimont l’arrivée des grands magasins à la lisière de la ville, provoquant la fermeture des petites échoppes de l’endroit. « Sur le pâté de maisons entre ici et la rue de la Chapelle, il y avait 17 commerces. »

Des choix urbanistiques catastrophiques ont porté le coup de grâce : la construction de l’autoroute a mené à l’élargissement de la rue de Hodimont, brisant l’unité du quartier, le transformant en rampe de lancement pour voitures, un peu comme à Liège où Sainte-Marguerite ne s’est jamais relevée de la saignée menant à Saint-Lambert. D’autres maisons ont été rasées pour faire place aux tours de logements sociaux, rue du Moulin.

Annie respecte les Turcs de la mosquée située en face de leurs fenêtres... « Des gens organisés, sérieux. Leur salle des fêtes est magnifique. » Ils font partie de la première génération, venue travailler dans les usines de Hodimont. Mais aujourd’hui, les relations avec les nouveaux-venus, d’Europe de l’Est notamment, sont plus difficiles, et elle se protège de ces derniers.

Nous revenons au grand parking, à côté de leur bâtiment. Cet espace vide énorme, coincé entre la rue Cerexhe et la rue des Messieurs. Annie parle de sa voiture, « coloriée » par les enfants du coin. Elle s’en plaint mais pointe que rien n’est là pour eux alors qu’ils sont tant. « Un Turc de la rue Bettonville a proposé simplement de fermer la rue cet été, pour permettre aux enfants de jouer en toute sécurité. La Ville a refusé. »

Annie se tourne vers moi, me fixe dans un mélange de douceur et de fermeté. « Il faut faire quelque chose. Faire, faire, faire. N’importe quoi mais il faut faire quelque chose. On ne peut pas laisser les choses aller ainsi. » Je sens toute une vie qui passe dans ces yeux, ce visage, ce corps rompu aux exigences des sacs lourds, des heures à n’en plus finir. Quand les Rensonnet parle, c’est un monde qui se déploie, un monde fondant sur le présent malgré le poids de l’âge.

Un petite musique retentit. C’est un des 23 petits-enfants qui regarde Nemo à la télé, énorme rectangle bleuté dans le salon. Bientôt, la belle-fille arrive, venue chercher son rejeton. Nous prenons congé.

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