Verviers : carte de Hodimont
Projet « Hodimont en V.O. » par Des Images et Le CAP

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Bosquet (rue du), Enseignement (rue de l’), Fabriques (rue des), Fond-de-Loup (rue), 600 Franchimontois (rue des), Fyon (rue), Hodimont (rue de), Limite (rue de la)

Après avoir traversé la rue de la grappe à la recherche de ce qui pourrait être la frontière entre Dison et Hodimont (sans grand résultat), nous sommes de retour dans le quartier avec cette fois l’envie de nous attaquer à la colline à l’Est de la rue de Dison... Ca signifie avant tout la rue des 600 Franchimontois et la rue des Fabriques mais, on ne va pas s’interdire de pousser plus loin. Faisons confiance aux personnes que nous rencontrons !

Très vite, alors que nous empruntons la rue des 600 Franchimontois, une plaque s’offre à nous qui n’annonce pas tout à fait Dison mais bien Andrimont. En effet, une main innocente a passé à la bombe le mot « Dison » pour ne laisser que la section de « Andrimont. » Nous redescendons un peu plus bas, pour engager la conversation avec deux hommes. L’un d’eux nous indique que la frontière passe au milieu de la rue. A main gauche, Dison. A main droite, Verviers. « Mais tout cela ne veut pas dire grand-chose », finit-il par ajouter.

Nous reprenons notre montée. Un terrain vague sert de parking à une étude de notaires. Ce terrain fait furieusement penser à celui rue des messieurs et nous nous rendons compte que le quartier de Hodimont regorge de ces espaces un peu sauvages, héritiers des entrepôts et usines du passé. Certains sont devenus cours d’entreprise, lieux de stockage, zones en retrait de la rue. Celui-ci est clôturé et seule une voiture noire évidée trône au bord de la rue des fabriques, comme un cadavre.

Dans ce coin-ci de Hodimont, les limites communales sont bien annoncées au passant. Un habitant, rue fond-de-Loup (dans le prolongement de la rue des fabriques), nous indique une borne en pierre au sol, marquée par un « V » et de l’autre côté de la rue, une vieille plaque qui indique le passage entre « V » et Andrimont. On est loin du flou de la rue de la grappe ou les limites naturelles construites par la colline de Lambermont ou la Vesdre, à l’Ouest de Hodimont.

Reste que la limite au niveau de la rue des 600 Franchimontois n’est pas tout à fait claire. Pour Rémy et Josiane, couple d’anciens récemment venus de Heusy, cela ne fait pas de doute. Ils se situent dans une petite rue entre celles des 600 et la rue des Fabriques : la rue de la Limite. « Les 600, c’est Dison. Et les fabriques, c’est Hodimont. Et nous, on est côté Dison. »

Nous nous attardons, sentant que nous tenons une belle rencontre. Rémy parle de son enchantement face au quartier. Assis sur le pas de la porte de leur immeuble, ils connaissent et sont connus de tout le monde. Même ceux qui ne parlent pas français sourient en passant devant nos amis. Les enfants profitent de notre arrêt pour s’attrouper à leur tour, à l’écoute des anciens...

Hodimont, ils connaissent. Même quand ils habitaient Heusy, ils n’hésitaient pas, malgré la septantaine passée, à se taper 45 minutes de marche pour aller aux fruits et légumes de la rue de Hodimont. « Moins cher et puis, les commerçants sont moins près de leurs sous. » Cela dit, ils ne peuvent plus revenir avec leurs courses comme autrefois. Les voisins leur prennent les sacs des mains, sans discussion, pour les aider et remonter de lourdes pommes de terre, par exemple.

Une dame approche. « Tiens, prends-le. On me l’a donné mais moi, je n’aime pas ! » Et voilà un quatre heures pour Josiane. (« Jojo », pour les amis) Nous finissons par parler du tricot que Josiane a laissé tomber pour taper la causette avec nous. « Oui, elle a trois commandes actuellement. », souffle malicieusement Rémy. A force de la voir ainsi, les gens de la rue n’hésitent plus à apporter de la laine pour qu’elle réalise pour le plaisir un gilet ou une couverture pour un nouveau-né. « Il n’y a jamais d’argent, bien sûr. On échange beaucoup. »

Rémy finit par lâcher que malgré son grand âge, il n’avait jamais rencontré de personnes plus gentilles et agréables qu’ici, sur la pointe entre Dison et Hodimont. « Rien à voir avec ceux qui vous regardent de haut, ailleurs. »

Voilà encore un exemple de la riche vie de quartier de Hodimont, une fois que l’on prend le temps de se poser dans le quartier... Les enfants vont et viennent. Ils décident alors de partir jouer à cache-cache, derrière l’église Saint-Roch au bout de la rue. Une mère passe et s’arrête avec son fils. La conversation ne s’engage pas, elle ne parle pas français et Rémy le kosovar. Mais, chacun semble bien de la présence de l’autre. Nous continuons notre chemin et saluons chacun.

Au coin de la rue des Fabriques, à la limite avec Dison, nous voilà chez Duran, un vieux commerce de quartier qui a 22 ans de bouteille, devant chez qui les gens attendent le bus. Il connaît tout le monde, à force, et nous demande d’où nous sommes, nous, les nouveaux-venus. Son canari à la porte nous a fait fort plaisir. Il accepte une photographie de sa devanture ; un grand sourire joyeux illumine son visage.

Plus loin, on grimpe les escaliers publics qui mènent à la rue de l’Enseignement. Géographiquement, nous sommes extrêmement proches de la rue de Dison et donc, du coeur de Hodimont. Mais ici, c’est un autre monde, un drôle d’univers qui ne se revendique ni de Hodimont, ni d’autre chose. Personne ne dit que nous nous trouvons à présent dans un quartier. Un seul repère apparaît : l’école du Nord qui organise une fête chaque fin d’année scolaire, occasion de se rencontrer.

Mais sinon, les regards sont plus méfiants. Peu de gens traînent devant chez eux. Quelques gamins tapent dans un ballon rue du Bosquet. Nous sommes un peu perdus et reprenons finalement rue Fyon. En descendant, nous croisons un adolescent marocain. Il nous dit que nous sommes à la limite de Hodimont. Il pointe deux maisons en face de chez lui. « Ici, c’est un Turc et là, un Marocain. Plus haut, ce sont les Belges. Ce n’est plus un quartier. Les gens sortent leur chien et puis, c’est tout. » Il sourit.

Pierre-Nicolas et moi repasserons dans le coin, c’est sûr, parce que là, c’est un peu une énigme...

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