Verviers : carte de Hodimont
Projet « Hodimont en V.O. » par Des Images et Le CAP

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Accueil du site / Geste quotidien / Quartier de Hodimont : journal de travail / Des portraits de Hodimont / Trajet/Rencontres : 18 février 2011
Béribou (rue), Bettonville (rue de), Hodimont (rue de), Moulin (rue du), Parotte (pont)

Vendredi 18 février, 9h30 devant l’Eglise Saint–Antoine, au pied du pont Parotte, appareil photo sous le bras, dictaphone dans le sac, j’attends Jean-Pierre Loop, facteur dans le quartier, pour l’accompagner dans sa tournée quotidienne. Il arrive de la poste, où il vient de passer 3 heures à trier le courrier, souriant comme à son habitude, tirant son caddie monté de 2 grosses sacoches pleine à ras bord.

Mais le contenu de ses sacoches ne représentent qu’un tiers du courrier à distribuer aujourd’hui, 2 ravitaillements sont prévus sur la tournée. Il m’apprendra plus tard le privilège de détenir un caddie (raisons médicales), la plupart de ses collègues ayant uniquement une sacoche à l’épaule !

Sur le parcours de 6 km, 950 boîtes aux lettres à ouvrir pour seulement 12 rues ! Entre 4 et 6 heures de marche ! Un facteur pèlerin qui a fait 1500 km en 55 jours pour rejoindre Saint-Jacques de Compostelle n’est plus effrayé par 6 heures de marche !

Et chaque jour, il distribuera jusqu’à la dernière lettre, pas question de rentrer au bureau à 14h30 (fin officielle de sa journée) si tout le courrier n’est pas distribué. Même si les heures supplémentaires ne sont plus payées, il cherche avant tout la satisfaction des clients.

Très vite, je suis surprise par son habileté à parler en continu tout en se concentrant sur le courrier à distribuer ! Il me parle beaucoup de son boulot, de ses collègues, des restructurations de la poste, des postiers de quartier,…

Le courrier se distribue vite et les rencontres sont peu nombreuses, les gens ne sont pas à l’extérieur, il fait froid ; un bonjour par-ci, une signature par-là pour un recommandé, on entre chez les commerçants, les restaurateurs mais on ne s’y attarde pas.

Rue Béribou, on entre dans l’immeuble de logements sociaux pour aller déposer une pension. La pensionnaire, Madame Wirtgen nous accueille chaleureusement. Elle nous invite à entrer et à nous assoir. Et elle parle, elle parle, de la sympathie du facteur, de la confiance qu’elle lui fait, de ses beaux-enfants qui ne viennent plus la voir.

Je lui demande si je peux enregistrer ses histoires, elle accepte. Elle accepte aussi que je prenne un cliché d’elle et que je repasse la voir quand je veux.

Au fil de la tournée, je découvre un facteur un peu agacé, un peu irrité. D’abord par les jeunes qui glandouillent sur le trottoir et qui ne daignent pas se déplacer de quelques centimètres quand Jean-Pierre tente de mettre du courrier dans la boîte aux lettres se trouvant dans leur dos.

Aussi, par toutes ces personnes qui passent leur journée chez elles à ne rien faire et qui rouspètent quand le facteur arrive plus tard que d’habitude. Ou encore par les propriétaires négligents qui n’entretiennent pas les boîtes aux lettres toutes déglinguées ou par les gens qui ne font pas leur changement d’adresse. A devoir distribuer de plus en plus de courriers en un temps record, on finit par être un peu moins patient, un peu moins compréhensif.

Vers 13h30, autour de la Mosquée Turque au coin de la rue Bettonville et de la rue des Messieurs, des hommes se tiennent sur les trottoirs, dans les rues et discutent. On s’arrête là, en plein au milieu de cet affairement, devant une petite maison aux volets clos. Jean-Pierre sonne.

Une femme entrouvre la porte, elle attend sa pension. Elle me regarde d’un air méfiant et puis son regard ne quitte plus les billets que le facteur compte. La porte se referme. Je ne crois pas que cette femme ait prononcé un seul mot.

Un dernier ravitaillement de courrier à la pharmacie Debry pour la rue du Moulin et le côté pair de la rue de Hodimont. Vers 14h15, transie de froid, je laisse Jean-Pierre terminer la rue et m’installe « A la plancha » pour prendre un bol de soupe et discuter avec Yaya Jabri.

Rencontre avec Yaya Jabri

Monsieur Jabri me fait part de ses inquiétudes par rapport aux jeunes dans le quartier qui la journée font bonne figure devant les parents, les frères et sœurs, les cousins mais qui la nuit sortent pour faire des « conneries ». Il est inquiet aussi, à cause de ces dealers qui vont chercher des jeunes revendeurs (15-16 ans) appâter par le fric que cela va leur rapporter. Mais une fois qu’ils entrent dans ce créneau, ils ne peuvent plus en sortir. Les dealers sont connus de la police mais ne sont pas arrêtés.

D’après Yaya on préfère que ces trafics se passent dans le quartier (qui a de toute façon déjà mauvaise réputation) qu’ailleurs. Il me dit ne pas avoir peur des dealers, il les regarde en face et leur dit ce qu’il pense mais par contre il craint ces gens qui sous l’effet de la drogue peuvent se montrer très violents. Il est très inquiet pour les jeunes du quartier qui peuvent trop facilement être entraînés, malgré eux, dans cet engrenage.

Alors comme la rue est dangereuse, il en vient à conseiller aux parents de ne plus laisser sortir leurs enfants. Mais il sait que ce n’est pas une solution.

Je lui explique le projet HVO : il se montre fort enthousiaste. Il voudrait mettre en place des lieux d’échanges, de rencontres pour tenter de répondre collectivement à des questions que tout le monde se pose : « Que cherchent les jeunes ? Pourquoi ont-ils besoin de paraître, de frimer, de gagner du fric de manière illégale ? Qu’est-ce qui les amène à en arriver-là ? »

Une table ronde serait absolument nécessaire pour débattre de toutes ces questions et écouter ce que les jeunes ont à dire.

Hodimont par ses rues

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