Verviers : carte de Hodimont
Projet « Hodimont en V.O. » par Des Images et Le CAP

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Bosquet (rue du), Chêne (Pont de), Fabriques (rue des), Fyon (rue), Hautes Mezelles (escalier des), Spintay (rue)

Pour la dernière étape de notre tour de Hodimont par les bords, nous revenons sur nos pas, conscients que nous laissons beaucoup de choses de côté lors d’un premier passage, intrigués par certains lieux, toujours à la recherche de ce qui marque le quartier. Nous désirons d’abord faire un saut rue de la limite. En montant par la rue des Fabriques, un homme au français hésitant parle des maisons de la rue, mangées par l’humidité et manquant véritablement de confort. Il nous croit journalistes, peut-être. Il conclut : « Ca, c’est pas nous, c’est l’Europe, la Belgique. » Il donne une adresse devant laquelle nous passons. Sur le trottoir, nous rencontrons Layla, jeune femme marocaine.

Elle nous accompagne rue de la Limite où elle-même travaille. Adossée au mur d’une maison, elle parle longuement, remplie de fraîcheur gaie et d’une certaine détermination palpable quand viennent les problèmes. Elle croit aux choix individuels, au besoin d’intimité tout en appréciant la richesse d’une vie collective où l’on se salue, se parle, où la présence des autres fabrique du lien. Comme certains habitants, elle pense à plus tard, à ailleurs où elle pourrait s’installer mais note, amère, qu’ailleurs, il n’y a pas cette chaleur caractéristique de Hodimont.

De temps à autre, elle confie qu’elle n’a pas de chose intéressante à dire, qu’il faut demander à son amie qui a fait un travail sur le quartier, et dont elle nous glisse le numéro. Mais nous, on a du plaisir à écouter Layla. L’instant d’après, elle voit revenir son fils de la plaine de jeux au coin de la rue. « De mauvaises fréquentations », soupire-t-elle.

Inévitablement, chacun d’entre nous fabrique de l’autre, des gens qui apparaissent différents. Par exemple, ceux qui établissent des dépôts de poubelles sauvages, les voisins d’à côté avec qui le dialogue n’est pas possible, ceux qui occupent d’une manière ou d’une autre un espace que l’on n’ose pas traverser, renvoyant une identité qui nous échappe, des précaires parfois parce qu’ils sont là depuis peu et qu’ils vont sans doute bientôt bouger et quitter Hodimont. Sans parler de ceux qui ne parlent pas notre langue.

Tout le monde se regarde, s’estime, se jauge, trace les limites d’un espace personnel alors que le quartier, les maisons ne le permettent pas aussi facilement qu’ailleurs. Pierre-Nicolas et moi écoutons silencieusement, sachant que cela fait partie de notre job même si nous sommes démunis jusqu’ici. Nous-mêmes représentons une part de « ces autres. » Nous acceptons cet élément de la relation. Tout au plus, désirons-nous saisir le contrechamp, rencontrer ces mauvaises fréquentations pour traverser certaines lignes d’opposition, permettre comme un bon journaliste d’entendre chacun.

Nous quittons Layla et retournons plus haut, par le Mont Cenis, sur le plateau Paradis. Nous laissons la rue Paradis elle-même mais tentons de mettre un visage sur le gars du bout de la rue du Bosquet. Aucun bruit, derrière la grille. Ce n’est pas le bon jour. Nous prenons par la rue Fyon. Cette rue en pente relie l’école du Nord et la rue Spintay, le haut et le bas. Nous savons que de maisons en maisons, l’appartenance ressentie à Hodimont change, selon que l’on se revendique de la fronde joyeuse de la vallée ou des rues dégagées du sommet. Nous cherchons tout autant quel arrière de bâtiment pourrait offrir un point de vue.

Finalement, nous tombons sur Laurence, en plein nettoyage. Elle nous fait entrer et de sa terrasse à l’arrière, nous tombons nez à nez avec des couloirs de toitures d’usine, en contrebas. Hodimont perce derrière ces toitures : nous repérons certains clochers, percevons l’autoroute, entendons la ville. C’est à la fois une vue assez belle à l’horizon et la proximité d’un dépotoir plus bas. Des gens ont balancé un peu de tout, brisant des tuiles par endroits. L’usine fige quelque chose du passé, corsetée de l’autre côté par le bâtiment des finances, rue de Dison. « On pourrait faire des logements avec tout ça », lâche Laurence, dépitée.

Elle parle de ses voisins Turcs, très sympathiques, de son appartenance à Hodimont même si elle est sur les hauteurs. Elle n’habite pas là depuis longtemps. L’appartement lui convient parfaitement, à un ou deux détails près. Une vie simple.

Nous descendons la rue, reprenons par les escaliers de Hautes-Mezelles. Un homme nous reçoit chez lui. Sa porte donne sur l’escalier mais il est propriétaire de deux espaces commerciaux, rue Spintay. Pour lui, Spintay, c’est Spintay et Hodimont, Hodimont. Nous voyons l’humidité du mur, à l’arrière du magasin. Un choc pour ce vieil homme qui a tenu ici un magasin d’électroménager pendant longtemps. « Ceux qui ont refait les escaliers ont cochonné le travail, brisant les pierres, laissant l’eau s’infiltrer. » La ville va refaire. Ca coûte des millions. Et évidemment, en l’état, personne ne va louer l’espace commercial.

Enfin, après une tentative ratée pour rencontrer des jardiniers à flanc de colline plus haut, nous redescendons pour arriver à l’entrée de Spintay. Ce carrefour du pont du chêne est le nœud d’entrée principal du quartier. La Vesdre, au pied de l’endroit, tranche les deux rives et dégage Hodimont du centre de Verviers. De ce carrefour, six chemins démarrent : les quais dans les deux sens, la rue Saucy, la rue de Hodimont, la rue de Dison et la rue Spintay. Si on élargit quelque peu ce nœud, nous pouvons ajouter à ces 6 axes les Hautes-Mezelles, la rue Fyon, la rue de la Montagne, toutes trois situées à l’entrée de Spintay.

Au Nord de Hodimont, dans le coin opposé du quartier, rue de la grappe, il paraît une frontière impalpable et unique avec Dison : une voie rapide au pied de la colline, dominée par la voiture dans les deux sens, des maisons d’un seul côté de la route. De ce côté-ci, au pont du Chêne, les chemins se démultiplient, les personnes se fondent rapidement dans le brouhaha général, les allées et venues sont permanentes, par les magasins et les maisons innombrables.

Ceux du plateau Paradis utilisent les Hautes-Mezelles et traversent à pied, brièvement, quelque chose de Hodimont. Ils partagent un peu de temps là-bas. Certains enfants de l’école du Nord dévalent l’escalier pour retrouver leur maman en bas de celui-ci. D’autres peuvent s’engager rue de Hodimont et retrouver amis et connaissances au muret, dans quelques cafés associatifs, à la mosquée, dans les magasins de fruits et légumes. Des touristes peuvent musarder sur les quais, rejoindre peut-être un restaurant rue Cerexhe. Les fonctionnaires du ministère des finances arrivent de rue de Dison pour joindre la gare.

Sur le parvis de l’église Saint-Antoine dont le clocher domine le pont du chêne et les quais, diverses personnes demeurent, discutent le coup. Des regards s’échangent. Ici, commence Hodimont. De l’autre côté du pont, nous ne retrouvons pas ces grappes humaines qui semblent prendre plaisir à mesurer le temps qui passe. Là–bas, le pas est de rigueur, les individus vont de magasins en magasins essayer un vêtement ou s’offrir un téléphone. Ils rejoignent un lieu défini ; une ligne de leur agenda entourée de rouge trahit le manque de temps. On ne traîne pas au centre de la ville, du moins pas à cet endroit.

Au nœud hodimontois, l’effet de masse est fort et peut déstabiliser l’habitué du centre-ville, de la rue du Brou, du parc de l’harmonie perpétuellement désert malgré sa verdure accueillante. On ne se retrouve pas au parc comme au mur ou sur le parvis. Il n’est pas un espace partagé. A 17H, le parc ferme et un écriteau à la grille de l’entrée rappelle le récalcitrant. A Hodimont, à toute heure, le quartier demeure ouvert.

Notre tour des frontières s’arrête ici. La boucle est à présent bouclée. Avec Pierre-Nicolas, nous allons faire le point, voir quelles sont nos possibilités pour s’engager plus avant au cœur du quartier. Nous avons déjà une réserve de points de vue, des lieux et des gens qui nous ont parlé et qui permettent de ne pas arriver vierges face aux autres. Le travail continue.

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Arpenter Hodimont - Pierre-Nicolas et Manu

 

Hodimont par ses rues

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