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Projet « Hodimont en V.O. » par Des Images et Le CAP

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Accueil du site / L’association / Archives / divers / Images au poing - Pour Cockerill (27 mars 2003) / Présentation de « Lorsque le bateau... » par Marc Mélon

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Lorsque le bateau de Léon M. descendit la Meuse pour la première fois est le deuxième film des frères Dardenne, leur deuxième vidéogramme pour être exact. Luc et Jean-Pierre Dardenne avaient d’abord travaillé avec Armand Gatti, un homme de théâtre et cinéaste, et ils avaient été très marqués par leur personnalité, par son engagement politique, par sa résistance durant la seconde guerre mondiale.

Jean-Pierre avait fait un stage de comédien avec Gatti et Luc l’avait rejoint. Après ce stage, ils ont voulu continuer cet engagement. Ils avaient alors découvert la Vidéo, ce qu’on appelait dans les années 70, la vidéo légère. C’est un moyen d’expression qui n’est plus tout à fait le cinéma, très neuf pour l’époque. Les premiers Portapack de Sony sont sortis en 1975.

Ils vont proposer de créer un collectif qui va travailler en vidéo et obtenir du ministère de la culture française de l’argent pour acheter du matériel et faire des films. Ils vont faire un premier film en 1978 qui s’appelle Le chant du rossignol, dans la continuité de leur rencontre avec Gatti. Un film sur la résistance, toutes les formes de résistance, principalement bien sûr la résistance à l’occupation pendant la guerre mais aussi la résistance au sein des camps de concentration. Egalement, les formes de résistance ouvrières. Ils vont à cette occasion rencontrer de très nombreux résistants qu’ils vont interroger.

Ils font ainsi la connaissance de militants syndicalistes des usines Cockerill et notamment de Léon Masy qui avait participé aux grandes grèves de 60-61. Après ce premier film, malheureusement perdu - le support vidéo étant malheureusement de très mauvaise qualité, il n’a pas résisté à l’usure du temps -, ils vont donc retrouver Léon Masy et choisir de faire un film avec lui. A l’époque, Masy, retraité, est en train de construire un bateau à partir d’une vieille barge avec lequel il veut simplement remonter la Meuse.

Les Dardenne vont prendre cela comme prétexte - je ne vais pas dire narratif mais plutôt poétique et discursif - pour évoquer les évènements des grandes grèves de 60 qui vont être ainsi racontés par Léon Masy d’abord mais aussi par d’autres témoins, figure récurrente dans les vidéogrammes des frères Dardenne.Les frères invitent ceux-ci sur les lieux mêmes des évènements pour nous les raconter.

Par ailleurs, le bateau est une métaphore qui permet de tenir un discours sur l’avenir des luttes sociales. Le film que vous aller voir est très différent de Week-end à Sochaux. Il ne s’agit pas ici d’un film ouvrier puisque les Dardenne ne sont pas eux-mêmes des ouvriers. Ils sont engagés mais ils ne sont pas ouvriers.

Ils prennent beaucoup de recul en conséquence par rapport aux luttes sociales et leur film est très critique à l’égard de celles-ci. Plus précisément, ils posent question, suscitent une réflexion sur l’avenir de ces luttes. Est-ce que la grève de 60 finalement n’a pas été le dernier grand conflit social d’une histoire qui débute à la fin du XIXème siècle ? C’est déjà une raison pour montrer le film aujourd’hui : faire retour en arrière.

Il date de 1979 mais aborde les grèves de 1960. C’est donc un film qui interroge non pas le présent mais le passé de la lutte ouvrière et qui se demande s’il y a un avenir à ces luttes-là. Il a donc conservé une grande actualité, 20 ans plus tard. A la fin du film, vous entendrez cette phrase : une image d’un combat d’hier a-t-elle encore aujourd’hui la possibilité d’être insurrectionnelle ?

Ou est-elle encore une balle de plus tirée contre l’insurgé ? C’est la question centrale du film : quel est le sens de faire ce film ? Une interrogation aussi sur la présence de la caméra lors des conflits sociaux. Quel est le sens finalement de ces images passées ? Y a-t-il un sens à les montrer aujourd’hui ? C’est une question qui est au cœur même de la soirée que nous vous proposons puisque c’est la question que nous nous posons aujourd’hui, tous ensemble.

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