Verviers : carte de Hodimont
Projet « Hodimont en V.O. » par Des Images et Le CAP

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Wild is the wind

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Accueil du site // Wild is the wind // 07 Voir le jour tomber au stade olympique

Lieu unique dans Phnom Penh, le stade olympique appartient au ventre grouillant de la ville : encerclé par le bruit incessant du trafic même si à l’Est de l’anneau central, une série de terrains en terre battue font quelque peu refluer le dos des immeubles et une poignée de grues.

Ainsi va la ville dans un pays où l’exode de la jeunesse rurale vient constituer périodiquement de nouvelles poches d’habitats précaires ça et là et où les promoteurs construisent chaque centimètre carré urbain. Par exemple, Phnom Penh couvait autrefois en son sein un lac, mais celui-ci a été asséché pour accueillir de nouvelles habitations dans une traîne urbaine sans fin.

En scrutant la carte de la ville à la verticale, l’œil ne croise aucun véritable parc, à peine quelques bandes vertes coincées entre les monuments de la nation et de grands boulevards. A l’Est, Diamond Island a recouvert sans autre forme de procès un ancien bidonville pour devenir un alignement de grands hôtels cernant quelques places arborées sans âme. Un parc d’attraction en jachère complète l’ensemble, à rebours du cœur vivant de Phnom Penh.

Demeure donc ce stade olympique, grand vaisseau de béton discret construit rapidement dans les années 60, non sans avoir été réfléchi par son concepteur, l’emblématique Vann Molyvann, chef de file des architectes khmers, adoubé par le roi Sihanouk. L’époque était dorée : une fenêtre de vingt ans après que les Français aient tourné le pas de la colonie et avant que les Khmers rouges ne mettent le pays par terre.

Ces derniers se sont servis du stade pour quelques meetings censés marquer les esprits, dans la droite ligne des dictatures qui ne peuvent se retenir de grandes mises en scène. Des journées d’étude dans les constructions annexes ont complété les fondamentaux révolutionnaires,… Le terrain de football a accueilli, parait-il, quelques légumes un peu surpris de sortir la tête en pareil endroit. Une volée d’exécutions ont dû s’y dérouler, dans l’épaisseur sourde du béton.

40 ans plus tard, le stade apparaît une anomalie dans le paysage et les promoteurs immobiliers ne désirent que le bien du peuple : détruire le lieu et y faire pousser des alignements de fenêtres pareilles les unes aux autres, des salles de bains de carrelage blanc bon marché, la possibilité du bonheur paraît-il. Enfin, le peuple en question ne semble pas trop partager ce noble dessein du progrès… Les rumeurs semblent toutefois non fondées, à peine quelques lignes dans la presse locale, un coup de sonde.

Le stade existe donc toujours aujourd’hui. On peut s’y promener tranquillement, s’asseoir dans les travées pour un match de football du championnat des jeunesses féminines. Le terrain de basket attenant, où le parquet a disparu, fait le délice des oiseaux qui se signalent dans un écho sans fin. La piscine en plein air – olympique donc – est accessible en journée pour qui veut échapper à la moiteur de la ville. Plutôt qu’un cadavre comme toutes ces grandes enceintes sportives une fois qu’aucun évènement ne s’y tient, le stade est devenu un épicentre.

Il y a toujours quelqu’un pour y musarder, y faire cuire un bout de viande ou rêvasser à l’ombre d’un pylône, un hamac tendu entre deux barres métalliques. Vann Molyvann avait voulu construire avec ce vaisseau le nouveau Angkor Wat, du nom de ces célébrissimes temples inscrits à l’Unesco et qui témoignent de la grandeur khmers aux alentours du Xème siècle.

Ainsi, l’ensemble a été conçu en faisant varier les niveaux parallèlement à son illustre prédécesseur, donnant la sensation pour le visiteur à la fois d’embrasser le lieu lui-même d’un seul coup d’oeil, et de parcourir de volées d’escaliers en terrasses aérées un puzzle déplié. Tout comme Le Corbusier, Vann Molyvann croit à la beauté des choses selon un équilibre de proportions mathématiques, le secret des chiffres. Des bassins d’eau entourant l’enceinte rappellent encore les vieux palais d’Angkor. Pas de terre sans eau, et au Cambodge plus qu’ailleurs.

Le lieu est magnétique pour celui qui s’y laisse emmener. Vers 17h, plusieurs centaines d’habitants s’y donnent rendez-vous pour saluer le soleil couchant. Sur la terrasse supérieure, au sommet des travées, les haut-parleurs à peine installés côte à côte crachent leurs décibels. Jeunes et vieux se lancent dans leur séance d’aérobic. En contrebas, des grappes tournent autour du terrain à plus ou moins vive allure. D’autres, assis, se lèvent brusquement pour quelques étirements, moins un exercice sans doute qu’une communauté d’esprit.

Derrière le stade, les terrains annexes sont comblés par des joutes de baskets, volley, mini-foots. Pas un arbitre à la ronde, juste le plaisir d’un ballon qui passe de mains en mains, de pieds en pieds. Au milieu de ce ballet, une grand-mère prend sa petite-fille auprès d’elle pour un pique-nique improvisé, à l’angle de la colline de verdure pointant vers les terrains de terre battue. C’est la première fois que l’anarchie de la ville laisse se dessiner devant moi une telle image, nette et paisible.

Le soleil se couche enfin, géant paresseux qui a hésité tout comme nous ces deux heures durant. On débranche les enceintes et on se donne rendez-vous pour le lendemain. Phnom Penh s’en retourne à Phnom Penh.

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