Verviers : carte de Hodimont
Projet « Hodimont en V.O. » par Des Images et Le CAP

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Wild is the wind

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Accueil du site // Wild is the wind // 12 Revenir prudemment sur ses pas

Les yeux de Nok sont penchés sur la carte du Laos. Ici, je n’aime pas. Trop d’influence chinoise. J’irais plutôt par ici, jusqu’à la pointe. Le voyage en bateau est agréable. Dans les hésitations qui sont les nôtres à cet instant du voyage, la remarque de la jeune Laotienne est une pièce à conviction de plus même si elle ne fait pas nos affaires. Nous avions préalablement repéré deux parcs naturels, autant de villes-relais, d’agences et de propositions de randonnée. Parmi les rumeurs des rencontres entre voyageurs, les guides, la somme d’écrits sur Internet, la voix d’une habitante est à compter.

La Chine ? Cet ogre insatiable dont on ne sent nulle part mieux qu’ici l’appétit, dans ce pays si fragile et ployant comme une cariatide. Les Chinois mangent les arbres, se désole Nok, moqueuse, devant l’achat de terres ou de la production agricole aux paysans des régions frontalières. Harry, qui l’accompagne ce soir, confirme, philosophe : Ils savent faire de l’argent dès que possible.

Derrière l’apparence de deux pays communistes, l’idéologie craque de toute pièce comme une vieille dame à laquelle le maquillage ne suffit plus. Mais notre terre n’est pas à vendre, conclut-elle avant de se replonger dans ses nouilles.

Dans le bus menant au Nord, nous n’avons pas suivi le conseil de Nok. Nous sommes remontés au Nord-Ouest plutôt qu’à l’Est. Nous avons pu, comme nous l’espérions, entrevoir la richesse des paysages en suivant cette route qui s’enfonce au flanc des montagnes, s’élevant pour mieux replonger quelques kilomètres plus loin, comme un tour de carrousel. Combien d’heures dans ce bus où chacun se discipline, où les Occidentaux - les falang comme on dit ici - ne savent rien d’un arrêt, d’un retard, d’une route qui se nourrit sans cesse d’elle-même, sans perspective ? Attendre, bavarder, dormir.

Ou lire. Dans la lecture d’un livre, l’œil rebondit sur les mots au gré des crevasses de la route, et les notes de bas de page prises au vol deviennent des parchemins illisibles à force de tremblements que la main ne peut retenir. On s’en amuse, comme toute chose au départ agaçante mais qui deviendrait presque agréable à force de dessiner des habitudes.

En relevant la tête, on regarde donc les paysages. Les multiples collines sont couvertes de forêts entrecoupées de zones vertes, des greens découpés aux ciseaux, pour former un camaïeu aussi splendide qu’étrange. Peut-être est-ce cela la terre que les Chinois mangent jour après jour aux Laotiens ?

Noy, notre guide de randonnée, nous expliquera que les arbres sont arrachés par les tempêtes mais ces découpes géométriques dans la toile de l’horizon se moquent des sommets et des vallées, des plateaux et des adrets. Ca ne tient pas. Plus on avance dans le Laos, plus nous sommes ramenés à notre position de touriste, aisée pour vivre là, mais si peu en capacité de comprendre la trame derrière l’apparence tranquille du quotidien.

Je repasse dans ma tête les discussions entre étrangers ici, notre aveuglement commun, ce sentiment d’un simple courant d’air dans la grande maison locale. Pourtant, en s’intéressant à l’actualité, on ne peut manquer de se rappeler que le pays, tout comme le Cambodge, demeure une dictature. Les élections récentes à Phnom Penh, la colère de la jeunesse, et ici, ces paysans privés d’un leader devenu fort dérangeant. La mentalité des habitants est de ne pas montrer ses sentiments, de ne pas perdre la face même au milieu de la déconfiture, et voilà que chaque sourire devient un masque possible, un silence insondable.

Le bus atteindra finalement la ville du Nord, et l’influence de la Chine, après l’œil de la Thaïlande, est perceptible. Les glissements sont visibles, même en ne demeurant qu’une poignée de jours comme nous le faisons. Les écritures dans la rue, les étiquettes des produits, les crachats rituels des Laotiens, semblables à leurs voisins du Nord.

Nous avons pu depuis la ville entreprendre cette randonnée dans la jungle, sans toutefois gravir l’une de ces innombrables montagnes cueillant le ciel pour jeter un œil au loin et tutoyer les autres sommets. Nous sommes demeurés tapis parmi l’épaisseur verte, à la merci du soleil, sans horizon. Ce sera une image qui me manquera dans l’imaginaire du Laos.

Nous n’avons rien dominé de la tête dans le Nord du pays, nageant dans des villages décevants parce que dispensant l’aventure comme on vend des fruits aux étals des marchés, ne nous laissant pas dégager un point de vue pour l’œil, une idée pour la tête. J’ai espéré trouver une échappée, une vie plus insistante que ces hoquets touristiques, comme un animal sauvage s’écarte du brouhaha mais, finalement, point d’animal dans les montagnes, point de sentier libre non plus.

Après avoir réfléchi, et pour tenir une belle note avant de quitter ce pays si séduisant, nous avons décidé de revenir sur nos pas, pour la première fois depuis le début du voyage.

Ce sera Luang Prabang, au rythme plus méditerranéen que laotien bien qu’ils se nourrissent l’un de l’autre. Histoire de se coucher quelque part, l’âme tranquille, comme nous l’avons appris depuis plusieurs semaines déjà. Luang Prabang et ses alentours, car pour nous, les villes du pays n’ont jamais tenu sans leur marge. Leur campagne emmêle une séduction sauvage, rude poussière tourbillonnant derrière les motos, et les visages s’y font plus précis avec nous, parce que plus disséminés sans doute.

Sur notre vélo, le long d’une route nouvellement construite, large comme une piste d’aéroport, une petite fille m’a suivi longuement du regard, fixement. Ces regards appuyés se sont multipliés depuis notre départ de Vientiane, la capitale. Je ne les avais pas notés au Sud, où la timidité d’un visage de côté finissait en enthousiasme pour peu que nous nous tournions vers les inconnus.

Au Nord, les gens regardent loin et longeant l’aéroport local, nous avons senti ces gamins rêveurs devant un avion s’apprêtant à décoller. Peut-être est-ce l’appel de l’ailleurs, d’un monde aux contours plus larges qui gonfle la carcasse, sans toutefois devoir abandonner la terre qui est la sienne. L’espoir et la fierté. Parmi ceux-ci, sans doute, un courage impassible.

Harry nous l’affirme, sous les yeux approbateurs de Nok. Au Laos, il demeure un calme, cette nonchalance qui vous séduit. C’est parce que la pauvreté n’empêche pas de vivre dignement : à la campagne, il y a toujours le riz, les fruits, de quoi vivre. Une vie simple mais une vie tout de même. Les gens sollicitent plus le voyageur au Cambodge, semblent si pas agressifs plus insistants. C’est parce que le contrôle des terres par les grands propriétaires – les Chinois notamment – a jeté les gens dans la gueule des villes. Les Cambodgiens sont dans la survie. Le lien à la terre se perd.

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