Verviers : carte de Hodimont
Projet « Hodimont en V.O. » par Des Images et Le CAP

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10h15, la salle 5 se remplit. Au dehors, une longue file d’attente. Le lieu, une salle communale à la sortie du patelin, est cernée par les tentes des festivaliers. La cloche de l’église s’est tu quand les trois invités débarquent pour s’asseoir devant l’écran de projection, face à nous, sans estrade.

Il faut cerner l’enjeu de ces trois jours et partir de ce qui fait la croyance au cinéma. Cela débute par la conviction que ce qui se passe à l’écran est réel – alors que la toile est une simple surface plate -, passe par l’histoire racontée, les personnages auxquels l’on s’identifie et qui vivent avec nous sur l’écran, pour finir par l’univers de l’auteur que les plus perspicaces des spectateurs tentent de débusquer dans telle image, tel raccord, telle mimique. Le cinéma est investi de manière multiple par son spectateur.

La volonté du séminaire est de porter le fer de cette croyance au-delà du plaisir du récit ou de la cinéphilie. L’enjeu devient le spectateur lui-même. Qu’est-ce qui nous arrive dans le présent de la projection ? Chaque journée sera programmée par l’un des invités, plaçant ses comparses dans cette position assumée de celui qui découvre les films, sans coup d’avance sur le public. Bref, là où l’un déroule le fil de ses idées, les autres réfléchissent et s’émeuvent en direct.

Qu’est-ce qui retient le spectateur aujourd’hui ? Le choix d’un ennemi est difficile à définir. Il y a le spectacle, terme rendu célèbre par Guy Debord dont une citation sert d’épitaphe à la présentation du séminaire. Mais le terme de « spectacle » fait partie intégrante du cinéma… Il est synonyme de plaisir et même si celui-ci ne peut être l’unique but, l’escamoter d’emblée revient à transformer l’affaire en credo triste ou doctrinal. Le plaisir de voir un film, ce n’est pas tout et ce n’est pas rien. C’est la condition de départ pour que quelque chose se passe.

Le risque est que si tout ce qui est vu apparaît comme spectacle, alors toutes les images se valent et le spectateur devient impuissant, perd tout point de vue, manque d’un angle d’attaque et ne peut plus se défendre dans la déferlante sans fin de ce qu’il voit.

Derrière, déjà, nous pensons à la télévision comme envers entêtant du cinéma, tout à l’image qui empêche la durée nécessaire pour qu’un spectateur se mette à saisir ce qui se passe à l’écran, écoute pour entendre une parole, des corps, des visages. Si la télévision a horreur du vide, du silence, de s’attarder (Selon Jean-Louis Comolli, TF1 demande contractuellement 1200 plans pour une production de 90 minutes, ce qui fait 4 secondes maximum par plan), le cinéma fait de son côté avec le manque, avec l’impossibilité de tout voir.

Il demande implicitement au réalisateur comme au spectateur de venir avec ce qu’il est, singulièrement, d’user de son point de vue et donc de renoncer à occuper toute la place. Chacun doit faire une partie du chemin. C’est l’idée d’un spectateur actif qui construit du sens et de l’émotion à partir d’éléments qui lui son transmis par la projection. Apprendre à regarder un film, à saisir ce qu’est le cinéma pour dessiner une relation possible entre ce spectateur , le cinéaste et ceux qui sont regardés : les personnages.

La posture uniquement critique ne risque-t-elle pas de vider complètement le plan et laisser un écran blanc plombé d’une phrase à propos de la révolution convoquée à l’imparfait ? Le film de Guy Debord qui ouvre ce séminaire, Sur le passage de quelques personnes à travers une courte unité de temps, nous montre des gens à la table d’un café, prisonniers de leur mélancolie jetée lucidement dans des formules définitives sur la révolution qui n’a pas eu lieu. Images blanches, images sans croyance, images sans cinéma. Comment écrire au futur et non au passé ?

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