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Ernesto Che Guevara – Le Journal de Bolivie de RICHARD DINDO


En octobre 1967, une nouvelle venant de Bolivie parcourt le monde : le légendaire guérillero Ernesto Che Guevara est mort. Du départ mystérieux du Che de Cuba à son arrivée à La Paz, des premières embuscades tendues à l’armée jusqu’à la dernière journée du Che, le film suit celui-ci pas à pas et fait renaître sa voix éteinte à travers son journal.

1994, 35 mm, Couleur, 100’, Suisse /France Image : Pio Corradi Son : Jürg Hassler, Andreas Sigg, Jean-Pierre Bordiau Montage : Richard Dindo, Georg Janett, Catherine Poitevin Production : Cinémafacture, Les Films d’Ici, La Sept, Arte, La Télévision suisse romande, Bernard Lang AG


Demeure le dernier film de ce premier jour. Comme l’auront voulu les trois compères, une brève présentation introduit au film mais de discussion il n’y aura pas. Jean-Louis Comolli termine donc ce jeudi 21 août avec Le journal de Bolivie de Richard Dindo, récit du retour à la guérilla de Che Guevara après la victoire cubaine. Ce sont les mots du Commandante que nous entendons, issus de son propre journal et le cinéaste de suivre les pas des guérilleros dans les montagnes boliviennes, convoquant les témoins proches pour leur laisser prendre la parole un instant, raccordant à l’espace visible le texte de Guevara : « C’était ici ».

Ce film qui en tant que tel m’apparaît d’un intérêt limité, prend une tout autre ampleur une fois relié à l’entreprise du jour. Car, qui est Guevara ? Un homme mort pour ses idées et avant tout parce que celles-ci étaient irrécupérables. Dindo filme avec insistance le bureau supposé du ministre avant que le combattant ne jette l’éponge de la bureaucratie, de l’institutionnalisation de la lutte. L’histoire, tout le monde la connaît et le récit a valeur de chemin de croix : les paysans pour qui le Che se bat ne lui apportent guère leur aide et l’armée rôde sans cesse pour affaiblir les hommes jusqu’à la capture finale.

Guevara ne pouvait imaginer le monde qu’avec la présence de l’autre, le bonheur de l’autre. C’est là le sens révolutionnaire du film, son histoire. Je remarque que tous les films de ce 21 août parlent de lutte : avec le capital, le paysage, la mort de l’autre jusqu’à aboutir à sa propre disparition. C’est ainsi que l’a voulu Comolli en établissant sa programmation, commentant en quelque sorte sa propre histoire commencée il y a si longtemps que notre génération ne peut la remonter directement, en contemporain.

Ce sera plutôt une histoire des idées, une volonté de geste, fatigué certes mais toujours à la recherche désespérée d’une liberté qui est celle du récit commun, de ce qui demeure possible collectivement aujourd’hui. Nous n’échapperons pas à l’époque. Nous n’échapperons pas à notre vie. Un homme hanté par la mort n’est pas un homme défait. Il écrit depuis son désastre, fait avec.

Le lendemain, vendredi, Patrick parlera avant tout de la joie de la parole, de l’invention de soi et des autres dans la parole. Comme le disait le poète Guy Goffette, La beauté, c’est que tout va disparaître et que le sachant, tout n’en continue pas moins de flâner.

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