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Accueil du site / Geste cinématographique / Etats généraux du documentaire de Lussas 2008 / Séminaire formes de lutte et lutte des formes / 10 - Marie-José Mondzain : Fiat et Godard

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Marie-José Mondzain débute cette troisième journée autour d’une citation du philosophe Robert Filliou : Quoi que vous pensiez, pensez autre chose ! Quoi que vous fassiez, faites autre chose ! Elle indique là le travail du spectateur de cinéma qui se doit d’être un sans domicile fixe face aux images. Si le cinéma nous arrive, c’est qu’il est ainsi lui-même sur le départ. Elle évoque le nécessaire déplacement du regard, du programme, du savoir au nom de la perception, en écho de la circulation évoquée par Patrick la veille.

Bref, s’il y a un combat à mener avec le cinéma, c’est contre ce qui assigne, capture, fige,… L’institution culturelle par exemple qui définit le rôle de chacun : ceux qui regardent et subissent devant ceux qui imposent ce qu’ils font, dans une nécessaire hiérarchie du sens qui laisse l’expert cinéaste dominer le jeu des images offertes aux spectateurs silencieux.

Autre exemple : la télévision. Selon Mondzain, elle représente un agent de domiciliation du monde, une manière de cerner dans un carré d’image réduit la violence du monde. Ce n’est plus le monde qui est violent, c’est son processus de réduction domestique dans l’espace et le temps du spectacle, télévisuel et autre.

Marie-José Mondzain en appelle à une figure nouvelle du spectateur, une figure en fuite (en écho de personnages eux aussi en fuite des scénarios dans certains films qui me tiennent à cœur comme La graine et le mulet de Abdellatif Kechiche ou Wonder), concluant que les révolutions ne se font pas à domicile, chez soi, dans l’entre-soi du sens, sans risque. Par une nuit obscure, je sortis de ma maison tranquille s’intitule un roman de Peter Handke.

Un autre enjeu pour le spectateur est d’occuper nos images, celles qui ont mis en lumière les grands récits collectifs et fait du cinéma un acteur de l’histoire. Marie-José prend ainsi pour exemple une publicité Fiat qui colonise certaines de ces images, invoquant le « nous » de l’histoire collective pour le refermer sur une voiture à acheter. Le risque, ce n’est pas la voiture, c’est tout ce qui referme les sens et le sens sur l’acte réglé et fini de la consommation, mode identitaire du marché.

La mise en scène de cette occupation, c’est aussi le martèlement de ces images, leur accélération pour défaire leur contexte – leur complexité – et ne plus en garder qu’un bref jus symbolique débarrassé de toute morale et apte à mieux délivrer ensuite un message, toujours le même, d’injonction à celui qui regarde de posséder. Qu’opposer à la volonté des publicitaires de détourner nos grands récits ?

Face à ces images, le regard d’un enfant happé par ce qu’il voit. Ce n’est pas une publicité qu’il regarde, c’est un programme politique qui avance avec le masque de nos images et qui propose finalement en achetant une voiture d’acheter notre propre histoire.

Changer d’image – Lettre à la bien-aimée de JEAN-LUC GODARD

1981 : à l’occasion de l’arrivée de la gauche au pouvoir, la télévision française commande à Godard un film sur le thème du changement. Comme Lettre à Freddy Buache, ce film est né de l’impossibilité de répondre à la commande. Car le lieu d’apparition du changement n’est pas l’image mais l’écart entre les images. Changer d’image, c’est d’abord changer le rapport du documentaire et de la fiction.

1982, 35 mm, Couleur, 9’, France, Série Le Changement à plus d’un titre


J’avoue ne pas avoir compris grand-chose de ce film de Godard, si ce n’est une voix fatiguée qui perce toutes les images qui viennent à elle, y compris le corps du cinéaste même, battu, humilié. Marie-José Mondzain n’en dira pas beaucoup plus non plus si ce n’est qu’elle y voit un film sismique qui comme la publicité pour Fiat parle de l’état du monde contemporain. Peut-être s’agit-il de décoller les images les unes des autres et voir ce qui se déroule entre, démarches engagées par d’autres films déjà invités par la réflexion durant ces trois jours.

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