Verviers : carte de Hodimont
Projet « Hodimont en V.O. » par Des Images et Le CAP

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Accueil du site / L’association / Archives / divers / Images au poing - Pour Cockerill (27 mars 2003) / 05 - Réactions de la salle (I)

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(Ancien ouvrier syndicaliste) - Je vais prendre la parole. Je suis un ancien ouvrier de Cockerill. J’ai fait 35 ans chez Cockerill. Je demande : combien d’ouvriers de Cockerill y a-t-il dans la salle ce soir ? Trois ouvriers sur à peu près cent personnes. Je ne sais pas pourquoi il n’y a que 3 ouvriers de Cockerill alors que l’usine est en difficulté. Venir tourner un film, je trouve cela utopique vu la situation pour le moment. Je ne sais pas si vous savez ce qu’est un four à coke... Venir tourner un film sur les fours à coke quand on a fait 8 heures sur le four à coke, je me demande si vous tiendrez le coup 30 secondes. Je voudrais bien voir.

(Marc Mélon) - C’est quand même une bonne nouvelle d’entendre qu’ici à Liège, des cinéastes veulent faire quelque chose...

- C’est quand nous étions en grève en 80 qu’il fallait venir tourner un film. Ce n’est pas maintenant. L’opinion publique, parce que c’est la fermeture de Seraing, bouge son gros derrière. Mais il y a 20, 30 ans d’ici, il n’y avait personne.

(MM) - La question que je posais tout à l’heure était de savoir comment le cinéma peut-il aider la parole ouvrière, comment aider à ce que votre parole, à vous monsieur, se fasse entendre. C’était il y a 20 ans qu’il fallait faire des films, d’accord. Est-ce que depuis 20 ans votre parole a-t-elle été entendue ? Vous avez parlé, vous avez gueulé probablement... Votre parole a-t-elle été entendue ? Ne faut-il pas trouver d’autres moyens pour la faire entendre ? Je ne sais pas si le cinéma est un bon moyen. Il y a ici une possibilité, peut-être pas la meilleure. Avez-vous une autre idée ?

- Je ne sais pas si c’est le bon moyen de venir maintenant. Je ne vois pas grand-chose. Je vois que peut-être dans trois mois, Cockerill est fermé. Dollé (Guy Dollé, Président de la direction générale d’Arcelor, propriétaire de Cockerill Sambre n.d.l.r.) nous a promis la fermeture en septembre si le plan Delta (plan visant à la réduction des coûts au sein de l’usine n.d.l.r.) n’était pas accepté. Au plus tard 2004. Si vous voulez tourner un film sur quelques mois, il faut y aller.

(MM) - Il y a le problème très concret de la fermeture des hauts-fourneaux. La question de départ n’était pas seulement celle-là. C’était aussi la question de savoir comment la parole ouvrière pouvait se faire entendre. Le cinéma peut-il être un moyen pour qu’elle soit écoutée comme nous l’avons dit tout à l’heure.

(Bénédicte Liénard) - Nos réalités ne sont pas les mêmes, nous sommes bien d’accord. En même temps, je sais que prendre une caméra, traduire des choses, les transmettre, signer la mémoire de quelque chose à n’importe quel moment de l’histoire est une manière de rester en vie et de rester en contact avec la lutte. C’est une conviction. Que l’on soit d’accord ou non, que cela serve ou pas, c’est une manière de rester vivant.

(Quelqu’un dans la salle, membre du collectif Medvedkine ) - Moi, je voudrais simplement dire qu’une des premières choses exprimées dans ce collectif est de s’inscrire dans la résistance comme il l’est écrit sur le document que nous avons rédigé. Je ne peux rien dire sur les films de 1982, nous étions sûrement trop jeunes. Une des tâches de notre collectif est de découvrir dans la situation actuelle l’histoire du bassin : pourquoi le plan de fermeture aujourd’hui ne suscite pas plus de résistance ? Où se cache aujourd’hui le silence de la résistance ? Entre 82 et les premières annonces déjà de fermetures et, pour ceux qui l’ont vécu, la manifestation des métallos à Bruxelles dont tout le monde se souvient d’une manière ou d’une autre, où s’exprime - ou pas - aujourd’hui la résistance ? Selon moi, il faut d’abord s’intéresser aux individus pour reconstituer le collectif. Les partis politiques et les syndicats ont fait tout pour qu’on n’entende rien, pour qu’on ne voie rien, qu’on crève la gueule ouverte en silence. C’est contre ce silence que nous voulons apporter notre pierre, modestement, avec l’outil vidéo, l’outil cinéma.

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