Verviers : carte de Hodimont
Projet « Hodimont en V.O. » par Des Images et Le CAP

(pointeur vers le haut pour revenir à la page)

Accueil du site / L’association / Archives / divers / Images au poing - Pour Cockerill (27 mars 2003) / 08 - Prise de parole de Laurent Hasse

Autres articles dans cette rubrique

Recherche

La Lorraine n’est pas la planète Mars. C’est le clone des paysages que j’ai pu voir en venant ici ce soir. Je ne me sens pas donc si étranger que cela à Seraing même si je suis Français.

Dans le programme de la soirée, je suis présenté comme un fils d’ouvrier. En réalité, mon père n’est pas ouvrier ; il a bien travaillé dans la sidérurgie mais en tant que cadre. Son travail consistait à optimiser le fonctionnement de l’entreprise et donc à supprimer des postes de travail. Il a tellement bien fait son travail qu’il a supprimé son propre poste. C’est aussi l’une des raisons pour lesquelles je me sens concerné par tout cela.

Je suis par ailleurs très content de voir que le groupe Medvedkine est en train de renaître de ses cendres. Je ne suis pas d’ici bien sûr et donc je ne sais pas comment m’associer à la chose mais si mes petites compétences et ma petite énergie sont les bienvenues, je serai présent.

Pour répondre au monsieur qui a dit tout à l’heure qu’il fallait venir filmer il y a 20 ans, je ne connais effectivement pas cette époque ; je suppose qu’elle était similaire à celle de la vallée de la Fensche puisque l’industrie était la même - les hauts-fourneaux -, l’employeur était le même - aujourd’hui Arcelor est aussi en Lorraine. Arcelor qui est d’ailleurs le bébé de notre ministre des finances en France : Francis Mer.

Certes, il fallait venir il y a 20 ans. Ce n’est pas parce que les luttes d’il y a 20 ans n’ont pas servi à grand-chose qu’il ne faut pas lutter aujourd’hui, en 2000, 2001, 2002, 2003 voire 2005. Pour faire le film que vous allez voir après, je suis parti du postulat que nous sommes en guerre, en guerre économique, une guerre planétaire, mondiale. Elle touche tout le monde ou elle touchera tout le monde, à court ou à moyen terme.

Dans cette guerre économique, j’ai voulu filmer un champ de bataille parmi d’autres : la vallée de la Fensche en Lorraine. Si j’étais natif d’ici, j’aurais pu filmer les hauts-fourneaux de Seraing. En guerre, nous avons besoin de résistants. Le cinéma est un acte de résistance comme un autre. Même si l’on se dit que la cause est perdue d’avance, il faut se battre. J’ai l’impression qu’à mon modeste niveau, j’ai fait acte de résistance avec ce film même si je ne suis pas ouvrier, même si je ne suis pas concerné au premier chef, même si au final, il s’agit d’un produit rempli de guillemets destiné à une chaîne de télévision ou à un écran de cinéma.

J’ai fait acte de résistance. Pour m’en convaincre, j’ai eu l’occasion de rencontrer des élus locaux en Lorraine, de gauche, qui m’en voulaient profondément : vous n’avez pas le droit de faire un film comme celui-là sur la région. Vous entretenez la sinistrose. Vous faites mal aux spectateurs du coin. Rien que cela, c’est déjà une semi-victoire pour moi parce que, moi-même plutôt de sensibilité de gauche, j’en veux vraiment aux élus et aux partis d’oublier les 6 ou 7,5 millions d’ouvriers en France.

Nous avons un candidat aux présidentielles, Lionel Jospin, qui pendant toute sa campagne n’a pas prononcé une seule fois le mot « ouvrier ». Ses premiers mots lors de son entrée en lice pour les présidentielles furent : je suis socialiste de cœur mais mon projet pour la France n’est pas un projet socialiste. Dont acte. Il a oublié toute une frange de la population, il en paie les conséquences aujourd’hui.

Si le film peut rappeler aux gens et aux élus que cette frange de la population existe, que le monde ouvrier existe et existera encore pendant très longtemps vu que les précaires sont appelés à durer, vu l’état de l’économie actuelle. Si le film peut servir à cela, j’aurai déjà gagné quelque chose.

Certes, tous les films n’empêcheront pas la fermeture des hauts-fourneaux ici ou de l’autre côté de la frontière. Ils permettront tout de même de sensibiliser ceux qui ne sont pas directement touchés par cette situation.

 Retour

Répondre à cet article