Verviers : carte de Hodimont
Projet « Hodimont en V.O. » par Des Images et Le CAP

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Accueil du site / L’association / Archives / divers / Images au poing - Pour Cockerill (27 mars 2003) / Présentation de « Sur les cendres du vieux monde » par Cédric Lomba

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Nous allons à présent voir le film de Laurent Hasse sur la sidérurgie lorraine. Laurent en a parlé lui-même et nous sommes ce soir dans la poursuite de cette parole ouvrière. Ce qui marque d’emblée, c’est le décalage par rapport au film précédent. Trente ans écoulés depuis les Medvedkine et 40 depuis les grèves de 60.

Nous sommes dans une région sinistrée : Laurent a parlé tout à l’heure de guerre. Une guerre économique, plutôt présentée comme une défaite ouvrière. Un monde qui se désindustrialise sans résistance. Un monde apathique du moins dans sa forme collective. C’est une double mort : le passé du cinéaste d’une part - enfant et adolescent - sur lequel le film revient. D’autre part, la mort de la région dont l’usine faisait la vie.

Lorsque l’usine disparaît, la vie disparaît. La vie de la région mais aussi la vie d’une classe, la classe ouvrière appréhendée comme militante et solidaire. Le film fait écho à la situation actuelle de Seraing mais cette dernière connaît des difficultés depuis bien plus longtemps, c’est-à-dire depuis 1975. De 26000 travailleurs cette année-là, nous sommes passés à 4000 ouvriers dans le bassin liégeois pour Cockerill aujourd’hui.

Nous sommes allés de défaites en défaites et nous trouvons des signes de ces défaites dans le film de Laurent. Défaites urbaines avec le départ d’une partie de la population active, des friches industrielles qui marquent pour longtemps le paysage de la ville. Les crises financières.

Si je prends un exemple pour Cockerill - le cas de la Lorraine ne doit guère être différent -, plusieurs chiffres sont cités mais nous pouvons parler d’un minimum de 180 milliards de francs belges dépensés par l’état belge pour l’usine. On a fait un choix et nous voyons les résultats aujourd’hui. Des gens ont payé pour ça.

C’est probablement aussi une crise politique des élus locaux, régionaux et nationaux voire internationaux pour les élus de la Commission Européenne. C’est probablement aussi une crise du syndicalisme, dans des régions qui étaient pourtant des bastions ayant vu naître les mouvements de masse ouvriers.

C’est aussi une défaite industrielle avec la perte de la fabrication de produits qui avaient une valeur sociale, notamment pour le logement. La perte de techniques et de technologies extrêmement complexes. On a souvent l’image de l’ouvrier sidérurgiste travaillant à la sueur de son front.

Ce n’est évidemment plus cela le travail dans la sidérurgie : l’industrie y est la plus automatisée qui soit. La plupart des ouvriers travaillent d’ailleurs sur ordinateur à l’heure actuelle. Bref, nous allons assister ici à cette crise longue et l’agonie de la classe ouvrière.

Le film de Laurent contient de surcroît une tension intéressante puisqu’en face de l’agonie ouvrière existent des brèches, des interstices dans les formes de sociabilité notamment à travers des séquences de fêtes et dans le respect d’un quant-à-soi propre à la classe ouvrière.

Nous allons voir des personnages décalés, par exemple un moment savoureux avec un pizzaïolo un peu poète et nous voyons également des réorganisations de la vie sociale, ainsi les frontaliers qui se rendent au Luxembourg ou en Allemagne, travailler dans des univers très différents.

Nous allons assister à la fin d’un monde, aux cendres de celui-ci cependant qu’il n’est peut-être pas complètement consumé si l’on veut bien considérer que par le passé il n’a pas été qu’un énorme feu de joie. Il y a peut-être des signes d’un renouveau.

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