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Etonnement

Un élément m’étonne depuis le premier séminaire. Alors que la dynamique enclenchée porte sur la question de la restauration de liens sociaux distendus voire rompus par le système que l’on connaît, il n’a jamais été question, si je ne m’abuse, des relations humaines comme source possible de ces liens. Cela continue de m’étonner. J’ai le sentiment que dans ce séminaire le cinéma, un certain cinéma, est présenté comme la seule solution pour « lier ».

Personnellement, il me paraît important de remettre le cinéma à sa place. Ma vision est qu’il n’existe pas comme ça, en dehors de tout, comme un moyen à disposition et a priori. Comment m’expliquer ? On pourrait dire que nous avons une situation initiale où les liens sociaux pâtissent d’un certain mode de vie suscité/imposé et où des hommes décident que pour eux ces liens importent et qu’ils se doivent par conséquent de les maintenir, de les restaurer et dans créer de nouveaux.

A partir de là, diverses possibilités s’offrent à eux et le cinéma n’est à mon sens qu’une des possibilités parmi tant d’autres (comme la discussion de vive-voix tout simplement, celle qui sait doser savamment écoute et parole). Cela étant posé, la question est pour moi de savoir pourquoi recourir au cinéma pour répondre à cet objectif de liaison ? Qu’est-ce que le cinéma a comme potentialités, comme prédispositions, comme atouts pour aborder ce travail ? Pourquoi donc en viendrai-je à le préférer à un autre moyen ?

Attentes

Ce premier point laisse peut-être entrevoir mes attentes. J’assiste aux séminaires car c’est pour moi l’occasion de mettre en risque ma conception du cinéma et ainsi de la faire évoluer. J’avoue, j’ai des velléités de créateur en cinéma : de scénarios sûrement, de films peut-être. A l’entame du séminaire nous n’avons pas pris la peine de nous présenter et c’est peut-être dommage car ça permet aux uns et aux autres d’avoir connaissance au moins un minimum des attentes de chacun.

Personnellement, ce que je cherche c’est de la matière, des idées, qui pourront m’aider dans ma démarche, la faire évoluer. En tant que créateur, ma question est simple : comment aujourd’hui puis-je faire du cinéma tout en préservant des idéaux qui semblent entrer en contradiction avec le système dominant ? [1]Et pour moi, il importe que cette réflexion soit une prise de risque, c’est-à-dire que la décision de faire du cinéma et celle de ne pas en faire soient à égalité, que la réflexion ait au préalable autant de chance d’aboutir à l’une des options qu’à l’autre.

Ceci étant dit et donc mes attentes connues, je serais évidemment très intéressé que notre réflexion puisse se poser de temps à autre sur le processus de création cinématographique. A côté d’exemples de films faits, je pense donc qu’il serait très intéressant d’aborder des exemples de films en train d’être faits.

Cela a été annoncé au dernier séminaire et je m’en réjouis, mais je pense que les stades plus en amont du dérushage pourraient être abordés : l’idée, le scénario (parlons-en ; pourquoi y voir un obstacle à l’ouverture ?), etc. jusqu’à des préoccupations très terre à terre comme celles de la production et des jury qui octroient les financements publics (pourquoi pas ?). ...

Donc : comment faire du cinéma aujourd’hui ? Je crois que les expériences de certains seraient un bon apport : comment avez-vous fait ? comment faites-vous ? Et toi, Patrick, quelle est ton expérience de faiseur ? Pourquoi as-tu (je pense que c’est le cas) privilégier celle de penseur ?

Manque

Dans nos débats, parfois trop intersidéraux à mon goût [2], je regrette une présence et une voix, celle d’ouvriers et plus largement celle du public qui va voir les films prêts à consommer. Car pour moi, ce sont eux qui auront toujours le dernier mot et l’enjeu il est là je crois : comment, avec nos idéaux, s’adresser (adresser nos idéaux) à la majorité ?

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Séminaire II - les Medvedkine

 

notes:

[1] Encore une fois, la question première est bien plus générale. Elle est : comment aujourd’hui vivre des idéaux qui semblent entrer en contradiction avec le système dominant ?

Cette question, les naturalistes se la posent, les petits producteurs (je veux parler des agriculteurs), les coopératives de consommateurs, etc. etc. et certains spectateurs/lecteurs et créateurs.

[2] Certains savent pourtant que je suis parfois porté à la chose. Mais je me soigne.

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