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Accueil du site / Grands entretiens / GE n°01 - le cinéaste Benoît Dervaux / 11 - Benoît Dervaux : la voix off de l’étalonneur

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Cet article fait partie du grand entretien n°01 - le cinéaste Benoît Dervaux de la série des grands entretiens disponible dans la rubrique correspondante du site.

Tu filmes ton quotidien ?

Tout ce que je vois.

C’est un peu dans l’esprit du journal filmé ?

Oui, oui. Tout à fait, oui. Est-ce que j’en ferai quelque chose un jour ? Mais bon, ce n’est pas… La devinière, il est fait. J’espère qu’il vieillit bien et que le temps le fera bien vieillir… Mais le parcours pour y arriver, c’est très particulier. Jusqu’au dernier moment, j’ai eu des doutes sur le film que je faisais. Comment va-t-il être perçu ? Surtout qu’il n’est pas explicatif. Il n’y a pas une voix qui sécurise et qui nous explique un petit peu ce qu’est cet endroit.

Une anecdote. Il y a une étape, qui s’appelle l’étalonnage. Pour sortir le film en salle, il faut d’abord passer en laboratoire pour les corrections de couleurs et les contrastes. Il faut être très attentif parce que le projectionniste projette les bobines une fois. Ensuite, il faut donner les indications techniques à l’étalonneur qui va faire la copie zéro et enfin la copie d’exploitation. Pour La devinière, le projectionniste venait dans la salle pour discuter du film.

Il parlait de ce qu’il voyait et il m’accrochait. Mais moi, je ne pouvais pas parce qu’il fallait que je reste concentré… C’était extrêmement perturbant parce que plus le film avançait, plus il devenait volubile… C’était un gars qui avait été hospitalisé dans la douleur, face à sa famille d’abord puis avec la psychiatrie. Je suis resté ainsi pendant toute la projection à essayer de garder mon sang-froid. Finalement, en rentrant de Bruxelles, je me suis dit : « Mais oui, en fait, le gars, il a fait la voix off, il a fait la voix off du film. »

Le film est montré à dix personnes, quinze, cinquante… Les gens ne pourront pas parler à tue-tête dans la salle parce qu’ils seront plusieurs, même deux ou trois. Mais là, il était tout seul. Ce jour-là je me suis dit : « Tiens, je ne me suis pas planté. » Ce jour-là je me suis dit : « Voilà… J’ai peut-être réussi mon film. »

La petite voix au début du film, c’était…

Ça c’est Michel. On a écrit le texte à deux. Au départ, c’était beaucoup plus didactique, moins chaleureux. Sur les images super 8, je voulais qu’il y ait les quelques informations de base pour comprendre le film. Or, cela apparaissait extrêmement théorique, à l’encontre de la suite. Nous avons opté pour un ton plus familial qui donne toutefois des pistes. En montage, quand on essayait de faire sans, ça ne marchait pas.

Quand tu dis que le film a fait le tour de la France, c’est dans les festivals qu’il a tourné ? Dans les salles aussi ?

En fait, il est sorti au « Cinéma du Réel », un festival organisé à Beaubourg. Il a eu un distributeur dans la foulée. Puis, il a eu le soutien en France de deux associations. Une association qui s’appelle l’ACID (l’Aide au Cinéma Indépendant pour la Distribution, ndlr), et une autre qui s’appelle le GNCR. (le Groupement National des Cinémas de Recherche, ndlr) Ces deux associations travaillent en réseau avec des exploitants grâce à l’aide du CNC. (Centre National pour la Cinématographie, ndlr) L’ACID rassemble des cinéastes pour voir et élire des films qu’ils vont aider à la distribution. Le GNCR, c’est pareil.

En France, toute une série d’exploitants travaillent pour des scènes nationales. Ce sont généralement des gens qui viennent de l’Education Nationale, et ils ont libre choix quant à la programmation. Ils peuvent programmer un film commercial comme ils peuvent programmer tout autre chose. Ils ne sont pas soumis aux critères de la rentabilité.

Les exploitants se retrouvent à Paris pour visionner les films que le GNCR et l’ACID soutiennent dans l’idée d’éventuellement l’exploiter. Alors, ils sont soutenus, également pour faire voyager les réalisateurs. Le GNCR, c’est 250 exploitants.

Par exemple, je suis allé à Niort. L’exploitant du cinéma là-bas a fidélisé un public depuis dix ans. Un peu comme ce que font le Churchill et le Parc à Liège. Si jamais ces gens-là n’étaient plus subventionnés, le public acquis depuis 10 ans se tournerait vers les complexes. Il faut gagner un public. Ce sont des programmations très pointues, avec un public très pointu, des gens qui ont l’habitude de voir des films comme ça. Il y a un réseau exceptionnel en France.

Qui est en danger, as-tu l’air de dire…

Je ne pense pas. Il l’a été un peu avec les modifications au niveau des statuts des intermittents. Mais je ne pense pas qu’il soit en danger de nos jours. Par contre, c’est un réseau qui n’existe absolument pas, ni Italie, ni en Angleterre, ni en Allemagne. Dans la grande vague de formatage que l’on connaît aujourd’hui, il y a toute une série de films qui ne sont plus visibles mis à part dans les festivals, par un public averti. C’est un drame… Je ne suis pas contre le public de festival mais en même temps, ce n’est pas seulement pour ce public-là qu’on fait des films. Lussas, par exemple, est un formidable festival. Mais c’est un congrès de spécialistes pour dire les choses vulgairement. S’il n’y a plus qu’eux qui voient les films un peu pointus, c’est un peu dommage…

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