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Accueil du site / Grands entretiens / GE n°01 - le cinéaste Benoît Dervaux / 12 - Benoît Dervaux : optimisme et pessimisme de la production cinématographique

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Cet article fait partie du grand entretien n°01 - le cinéaste Benoît Dervaux de la série des grands entretiens disponible dans la rubrique correspondante du site.

Il y a des documentaires, et ça pourrait très bien m’arriver, que j’aime bien… Ils apparaissent faibles et fragiles et à la limite ratés mais derrière lesquels il y a quelque chose d’extrêmement touchant. C’est une tentative qui parfois rate. Il faut que ça soit permis aussi. Par exemple, Reprise d’Hervé Le Roux. Il y a là quelque chose de l’ordre du raté parce que le cinéaste ne retrouve pas la personne qu’il cherche au départ des archives. C’est pourtant un film que j’aime beaucoup.

Il y a aussi Sur la plage de Belfast de Henri-François Imbert. La compagne du réalisateur lui offre une caméra achetée aux puces, et dans l’appareil, il y a avait encore une pellicule. Il part à la recherche de l’ancien propriétaire de la caméra pour lui remettre cette pellicule après l’avoir visionnée.

Jean-Louis Comolli a écrit un texte récemment dans Les Cahiers du Cinéma où il fait l’éloge de la pauvreté du cinéma. Tous les grands films selon lui possèdent une forme de pauvreté et donc, il y a possibilité de faire des films sans la télévision. Même s’il faut l’inventer, cette nouvelle économie-là. Comme tu disais tout à l’heure, tu peux à présent acquérir une caméra qui est d’un niveau supérieur à ce que tu pouvais louer auparavant pour un tournage…

En fiction, je crois que c’est vraiment impossible. Enfin, non, on ne peut pas dire impossible, mais…

C’est vrai que Comolli parle beaucoup du documentaire.

Il y a un parc de 5500 salles en France. Il faut savoir qu’il y a des semaines où par exemple, on retrouve trois grosses machines qui occupent une grosse partie des écrans, avec un budget promotionnel énorme. Les deux tiers des salles sont occupées par des gros films. Après… Le CNC, je ne sais plus en quelle année, produisait plus de 300 films par an. Il y en a qui ne sortent pas. Certainement parce qu’ils sont mauvais aussi. On est de plus en plus dans un cinéma à deux vitesses depuis que Canal+ a changé sa politique.

En fait, avant, il y avait des toutes grosses machines, des tous petits films, et puis les films à budget moyen, comme ceux qu’ont faits Doillon, Téchiné. Les films à moyen budget disparaissent. J’ai tourné pour Jean-Pierre Denis, qui avait fait Les blessures assassines. (Benoît Dervaux travaille comme opérateur pour d’autres cinéastes, principalement les frères Dardenne, ndlr) On ne pouvait pas tourner sans une chaîne. Ces dernières donnent toutefois largement moins d’argent. Donc, on place les films dans une économie ridicule. On met toute une industrie en péril, en fin de compte.

À côté de ça, on a d’autres films qui peuvent exister aussi. Mais il y a vraiment un cinéma à deux vitesses qui s’installe, avec de moins en moins de chance pour les tous petits films distribués, parce qu’ils ne tiennent pas la route au niveau de la distribution. Financièrement. Parce qu’un exploitant doit aussi s’y retrouver financièrement, sinon lui, il coule.

Certains critiquent la programmation du Churchill (cinéma d’art et d’essai à Liège, ndlr), mais en même temps, le Churchill, il doit vivre. Et si le Churchill ne montre plus que des trucs pointus ou des classiques, ben ils se casseront la gueule, quoi.

Mais ne pourraient-ils pas mieux les défendre parfois ?

Quand tu regardes la programmation du Kinépolis (chaîne de complexes cinématographiques belges, ndlr), il n’y a pas photo quand même !

N’est-ce pas une question de génération aussi ? Entre des gens comme par exemple Gaël (programmateur du ciné-club de l’An vert et participant à cette discussion collective, ndlr), la vingtaine, qui se disent : « Tiens, on a des moyens faciles, on a des lieux ouverts, on peut monter des trucs comme ça, facilement », et puis des gens un peu plus âgés, comme toi (39 ans au moment de la discussion, ndlr), qui êtes issus d’une époque où effectivement le Churchill et le Parc programmaient autre chose, où effectivement la télévision donnait de l’argent autrement. Notre génération remarque : « Tiens, il y a un contexte passé que nous n’avons pas connu » pour conclure : « Nous, c’est le début d’autre chose. » N’y a-t-il pas quelque chose de cet ordre avec entre les deux, un peu de transmission avec des gens comme toi ?

Si. Je reste quand même très optimiste. Oui, il y a quelque chose qui va advenir de tout ça, de toute manière. Le grand danger, c’est le monopole. Le reste, il faut l’inventer.

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