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Accueil du site / Grands entretiens / GE n°01 - le cinéaste Benoît Dervaux / 13 - Benoît Dervaux : continuer à inventer son rapport au cinéma

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Cet article fait partie du grand entretien n°01 - le cinéaste Benoît Dervaux de la série des grands entretiens disponible dans la rubrique correspondante du site.

Je ne pense pas que montrer des films sera quelque chose de construit et de structuré comme ça a pu l’être jusqu’à présent. Ce sera comme ici, à l’An Vert, quelque chose de… Tout d’un coup, il y a quelque chose qui est là, et on dit : « Oh, chouette, profitons-en ! » Et on y va, et on est content d’y être et on le fait.

Oui, sauf que moi, dans mon petit rapport au cinéma, il y a des films qui ont changé ma vie…

Si les choses sont brisées, question du lien, il faut reprendre à zéro. Ca prend peut-être dix ans… Peut-être que dans dix ans, on va créer une structure un peu… qui permettra… Faire un film, il faut pouvoir le montrer. C’est ce qui fait que le cinéma reste toujours un art populaire. C’est pas le marché, ce n’est pas la cinéphilie entre soi, c’est des choses qui passent à travers.

Est-il encore réellement un art populaire ?

Oui hein…

Il faut se battre pour ça, je crois en tout cas.

Moi c’est la question que je me pose. Il reste populaire ?

C’est ce que je disais, moi, quand on m’envoie les chiffres d’audience de mes films sur le petit écran. C’est démocratique quand même la télé. Je sais qu’il y a autant de personnes qui l’ont vu. Il y en a qui ont peut-être zappé, ils ont peut-être regardé autre chose en même temps. Mais tu vois, c’est… Ce n’est pas pour rien que la télé se nivelle vers le bas. C’est parce que c’est un formidable outil. Ça reste un formidable outil.

Comme Internet, comme tout le reste. Ce qu’on en fait n’est pas terrible, mais en même temps ça reste quelque chose d’extraordinaire.

Ça reste quelque chose qui pourrait, qui pourrait être bien…

Il y a deux ans d’ici, j’étais je ne sais pour quelle raison au Cora (enseigne de supermarché, ndlr). Je me promenais et jetais un oeil aux livres de poche. Tu y trouves Flaubert, tu trouves les classiques, Proust,… Au rayon des DVD, tu ne trouvais pas un Chaplin. Maintenant, tu trouves les Chaplin. Moi j’ai acheté un coffret Chaplin au Delhaize. (autre enseigne de supermarché, ndlr) Tu vois, ça c’est extraordinaire !

C’est idiot, mais The Big Sleep, qui est un film extraordinaire, je l’ai acheté dans une librairie. Même pas, dans une station essence, parce qu’on voulait un film et on n’avait pas envie d’aller jusqu’en haut de la rue pour aller en louer au DVD Club. Donc, on est allés chez Esso, la station essence juste au coin. Et là ils ont quelques DVD, dans les magazines. Et c’est comme ça qu’on a The Big Sleep. Même dans une station Esso, on a des films géniaux qui arrivent comme ça, pof… Ou Someone Like It Hot aussi, dans une station Esso.

Nous sommes au milieu d’une explosion. Rien n’est coordonné… Je cherchais Sa Majesté des mouches, un film de Peter Brook. Tu peux aller le commander à la Fnac, ça va te coûter 55€. Si tu connais le bon site internet, il te coûte 25€. Tu l’as dans les huit jours. A la Fnac, il te faudra un mois. Et ça te coûtera deux fois plus cher. Tout ça, ce n’est pas… C’est parce que j’ai demandé à un mec qui connaît, qui connaît, et voilà. Mais ce n’est pas coordonné… Il y a un travail à faire au niveau… je ne sais pas exactement où, je ne veux pas être moralisateur…

J’ai fait un stage avec des gamins à Roubaix, un stage de cinéma l’été où il fallait travailler et faire un court métrage en 15 jours. C’était dans une cité assez ravagée,… Avec l’école, ils vont au cinéma trois fois par mois. Je discutais avec Ces gamins qui adorent Matrix, qui adorent tout ce que tu veux, les grosses machines, mais ils avaient vu des classiques.

Ils adorent Les 400 coups, ils adoraient ça, tu vois. Ils l’avaient vu. On leur avait montré. Tu peux faire confiance à un gamin, il peut voir un film… si tu peux aussi lui apprendre le sens de l’image. Il peut aussi découvrir par lui-même, mais si ce travail n’est pas fait… C’est ce que tu disais tout à l’heure, quand tu étais adolescente, tu n’étais même pas capable d’imaginer qu’un tel truc pouvait exister. Sauf qu’un jour, tu l’as découvert. Je pense qu’il faut faire découvrir aussi. Je ne sais pas comment, mais…

Et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’on vit dans une société qui ne cherche pas à faire découvrir.

Non.

Sauf quelques initiatives, singulières où on retrouve toujours les mêmes gens finalement.

Et Arte, la bonne programmation d’Arte, c’est toujours 23h30.

J’ai découvert The lift de Marc Isaacs. C’était à 2h du matin. Je regardais la rediffusion du JT sur la RTBF et je suis tombé sur ce film passionnant.

Il est passé au Nova récemment.

Ca passe à 2h30 du matin. Et je dois aller sur internet pour savoir qu’effectivement, c’était rediffusé trois semaines plus tard à la même heure et l’enregistrer…

Ah donc tu l’as, chouette.

Oui je l’ai. Si ça vous intéresse…

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GE n°01 - le cinéaste Benoît Dervaux

 

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