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Accueil du site / Geste cinématographique / Etats généraux du documentaire de Lussas 2008 / Séminaire formes de lutte et lutte des formes / 14 - Marie-José Mondzain : « Film » de Samuel Beckett

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Film de SAMUEL BECKETT, ALAN SCHNEIDER

La silhouette fantomatique d’un vieillard déambule dans les rues, en proie à la panique, avant de se réfugier dans l’espace clos de sa chambre. L’homme s’acharne désespérément à se soustraire à tous les regards – êtres humains, animaux, et même portraits et miroirs – pour mieux disparaître…

Fiction, 1964, 35 mm, Noir & Blanc, 25’, États-Unis Image : Boris Kaufman Montage : Sidney Meyers Production : Evergreen Theater, Inc.


Film raconte l’impossible solitude de la vie, le fait qu’il y ait toujours au moins quelqu’un face à soi, ne serait-ce que son propre reflet dans le miroir. Le réel fait sans cesse retour, se joue même au travers de ses retours. Ainsi d’un chat, d’un chien que le personnage tente de congédier en les mettant à la porte de chez lui mais qui rentrent de nouveau. Ainsi d’un poisson ou d’un perroquet qui ne présentent que leur simple regard et qui seront toutefois recouverts d’un tissu.

Dans le film de Beckett, même la chaise où s’assied Buster Keaton apparaît un spectre. Et quand tout semble silencieux et endormi, y compris le personnage, c’est la caméra même – jusque là de biais ou de dos - qui se met à tourner pour venir se placer face à l’homme, et provoquer son effroi mortel. La dernière image pour un être humain, c’est évidemment toujours l’image de sa mort.

Dans Film, Beckett introduit deux types de plans. Des images nettes représentent une sorte de neutralité. Enfin, neutralité de prime abord puisque c’est tout de même de ce point de vue distancié que se joue le mouvement final où la caméra se place au devant du personnage. Cette neutralité n’est en fait qu’une fausse extériorité, ce fameux œil froid de la machine qui regarde les personnages et les enregistre impitoyablement. Un second régime entrecoupe cette pseudo-objectivité : des images floues relativement courtes qui n’apportent pas plus d’information que dans les plans nets. Si ce n’est que nous l’associons au personnage même, à ses mouvements saccadés. Ce double point de vue traduit formellement l’impossible solitude, le perpétuel écart de soi à soi. Il faut apprendre sa langue maternelle comme une langue étrangère parce qu’il n’y a que de l’étranger.

L’enjeu dès lors de ce séminaire, c’est de savoir quoi faire et comment faire avec les autres. C’est l’espace entre chacun qui est en jeu, espace politique parce que toujours à écrire, toujours un futur, toujours du possible. Parler de soi depuis l’intérieur d’un désastre difficile à représenter, parler de soi aux autres au-delà de tous les spectacles subis, non pas au nom d’une idée, d’un programme mais au contraire sans désir autre que faire durer le moment vécu. Et permettre derrière l’inévitable disparition de tout homme que quelque chose ait pu être partagé et enregistré de l’humanité. Les quelques moments de grâce des films présentés lors de ce séminaire - Pazienza, Perrault, Rouch – sont habités de ces moments vécus.

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