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Accueil du site / Geste cinématographique / Qu’est-ce que le cinéma ? / Séminaire II / Les groupes Medvedkine / 02 - L’essence du cinéma : pureté ou impureté ?

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- Le mois dernier j’ai essayé de définir ce qu’était un geste de cinéma, un geste documentaire. Des objections sont venues comme la lettre d’Olivier Smolders : « tu utilises, me dit Olivier, la formule l’essence du cinéma, c’est une formulation ambiguë parce qu’elle laisse entendre qu’il y a peut-être quelque part du cinéma à l’état pur. » Je revendique la formule « l’essence du cinéma », mais je n’ai jamais parlé de cinéma à l’état pur. Je suis un peu condamné à essayer de définir ce qui serait de l’ordre d’une essence cinématographique parce que, lorsque je vais au cinéma, ce que je cherche, je ne le trouve plus. Quelque chose ne va pas.

Le geste documentaire, dont j’ai parlé lors du Séminaire I, ne signifie pas qu’il ressort uniquement au documentaire. L’essence du cinéma est une idée modeste. Il y a une croyance, une confiance dans le fait de filmer. Cela n’a rien à voir avec l’idée de pureté. Plutôt l’inverse : c’est de l’impureté. Un cinéaste commence un film pour que quelque chose advienne, arrive parce que l’on filme, ne serait pas arrivé si on n’avait pas filmé, et que ce quelque chose soit peut-être étranger à ce qui était prévu, au scénario du film, à l’univers qu’on voulait constituer. De l’hétérogène, une impureté. Le cinéma a à voir avec l’impureté, c’est un bric-à-brac. C’est le geste de filmer qui va lier les choses.

Le cinéma que je n’aime pas, le cinéma industriel (quoique ce mot d’industriel me gêne parce qu’il y a eu un cinéma industriel où ce geste existe, par exemple Hollywood dans les années 30 à 50) est obsédé par l’idée que justement rien ne dépasse, que rien n’arrive d’autre que ce qui avait été prévu, par souci de comptabilité. C’est ce cinéma-là qui est un cinéma de la pureté. Moi je n’aime pas ce mot de cinéma pur. Il y a un cinéma, on pourrait presque dire (si le mot avec les événements historiques que nous avons connus n’était pas malheureux) d’épuration cinématographique. C’est une volonté de tout rendre homogène, cohérent. J’appelle cela cinéma de marché. Le geste documentaire peut se trouver dans la fiction. Peut-être faut-il prendre 5 minutes pour redéfinir ces termes...

Olivier Saussus
- J’ai l’impression que tu cherches à dire qu’il y aurait quelque chose qui serait du cinéma et puis le reste qui n’en serait pas. Je ne comprends pas. Pourquoi ne pas dire que tout cela est du cinéma et puis ensuite essayer de trouver un autre terme pour désigner ce que tu cherches dans le cinéma.
- Je ne pense pas que tout soit cinéma. Tout est film. Donc effectivement, il suffit de trouver douze images qui bougent ensemble, voire qui ne bougent pas, de raccorder des plans. Effectivement c’est du film. Mais moi je ne pense pas que ce soit du cinéma.

(Olivier Saussus)
- Il ne t’appartient pas ce terme de cinéma. Il existe déjà.

- Si, le terme de cinéma m’appartient. Il t’appartient à toi, il appartient à ceux qui se sentent en connivence avec ce geste-là. Pourquoi serait-on dépossédé de ce terme ? Pourquoi ne nous appartiendrait-il pas ? Justement, moi je veux qu’il m’appartienne, et qu’il n’appartienne pas au marché. C’est un terme dont je m’empare : c’est pour cette raison que je fais tout ça. C’est à moi depuis que je l’ai découvert. Ah si, ça m’appartient. C’est même mon territoire, plus que la Belgique.

(Olivier Saussus)
- Ca veut dire qu’il n’y a pas moyen de discuter avec des gens qui n’ont pas la même définition.

- Mais il faut voir si nous n’avons pas la même définition. Olivier Smolders dans sa lettre a peut-être la même définition. Mais sa lettre travaille plutôt sur l’idée que j’opposerais l’idée de documentaire à celle de fiction. Alors de nouveau : Qu’entend-t-on par réel ? Est-ce le matériau du cinéma documentaire, c’est-à-dire un cinéma dont tous les éléments qui le constituent appartiennent au monde, sont déjà là en amont du film ? Je dirais plutôt que le réel est justement ce qui advient parce que je tourne.

Je connais des fictions traversées par le réel travaillant ma place de spectateur, me permettant de faire alliance, d’être pris dans cette circulation entre l’acteur filmé, le cinéaste et moi. Ecoute, je vais essayer de proposer quelques plans et pousser un peu la réflexion. Si je ne réponds pas, repose ta question. Tu es en désaccord avec moi en te disant après tout, pourquoi définir.

(Olivier Saussus)
- Non ce n’est pas ça. La recherche de définition est importante mais c’est l’idée de mettre d’un côté ce qui serait le vrai cinéma et puis dire que le reste n’en est pas. Il me semble que le problème de cette approche est qu’on ne peut être qu’en opposition avec les gens qui n’auront pas les mêmes définitions. Cela n’invite pas à la discussion, puisque nous allons dire à l’autre que ce qu’il voit n’est pas du cinéma, alors que pour lui bien.

- Tu devrais amener des choses que tu as envie de défendre mais qui seront peut-être en désaccord total avec ce que je dis, et peut-être je vais les aimer et nous trouverons un terrain d’entente.

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