Verviers : carte de Hodimont
Projet « Hodimont en V.O. » par Des Images et Le CAP

(pointeur vers le haut pour revenir à la page)

Accueil du site / Geste cinématographique / Qu’est-ce que le cinéma ? / Séminaire II / Les groupes Medvedkine / 04 - Dialogue entre Olivier Smolders et Patrick Leboutte autour de la maîtrise et de l’ouverture du cinéaste face à sa matière.

Autres articles dans cette rubrique

Recherche

Ce dialogue fait suite à la lettre écrite par Olivier Smolders après le séminaire I. Vous pouvez la lire ici.

(Olivier Smolders)
- Il y a deux questions différentes. Il y a la question de l’opposition entre le documentaire et la fiction : est-ce qu’elle est pertinente ou pas ? Ce que j’essaye d’expliquer dans la lettre c’est qu’elle n’est pas pertinente dans la mesure où (et c’est devenu une lapalissade) tout documentaire fictionnalise et toute fiction documentarise. Je pense qu’on va s’accorder assez facilement là-dessus. Au-delà de ça, j’émettais une suggestion de définir autrement ce qu’est le geste documentaire et le geste de la fiction.

Mais pour le moment ce n’est pas cette question-là qui est abordée, ce n’est pas la question de l’opposition entre le documentaire et la fiction. C’est la question de savoir si le geste cinématographique se construit lorsqu’il y a de la part du réalisateur une ouverture, un laisser-couler, un souci de ne pas tout maîtriser, un souci de ne pas faire comme le cinéma classique qui entendait tout mettre en place et tout maîtriser. Je veux dire que je ne suis pas certain que ce soit dans le chef du réalisateur d’improviser davantage. (comme pouvait improviser davantage effectivement Rossellini à une certaine époque et dans certains films) On est bien d’accord là-dessus : ce n’est pas une question d’attitude du réalisateur. Qu’il soit très inventif et remette tout en question au fur et à mesure qu’il tourne ou qu’il soit stakhanoviste comme Bresson ne change pas grand-chose à l’affaire. Puisque dans les 2 cas, il peut aussi bien obtenir le but qu’il préconise.

(Patrick Leboutte)
- Je suis assez d’accord. Mais tu le dis autrement que dans le commentaire que tu as fait où tu opposes clairement le cinéma du réel et le cinéma de fiction : « le cinéma du réel, dis-tu, repose sur une ouverture à l’autre, un appel au lien. »

(Olivier Smolders)
- C’est la deuxième question. Ce n’est pas ce dont je parle maintenant. C’est la question de savoir est-ce qu’il n’y a pas deux attitudes, deux usages différents qu’on peut faire du cinéma, et que pour la commodité (...)

(Patrick Leboutte)
- (...) deux écritures possibles. Le matériau n’est pas toujours le même : l’un joue avec l’imprévu et l’autre est prémédité, préparé. Mais dans les deux écritures, il me semble que fondamentalement ce que recherchent les cinéastes est souvent la même chose. Quand on a, même dans une totale fiction, un corps devant soi, il me semble immanquable qu’à terme il y ait du désir et que quelque chose se mette à jouer et que ce quelque chose nous soit transmis et nous fasse jouer avec le film.

Puis il y a ceux qui le refusent. Il y a ceux justement qui ne veulent pas sortir de ce qui était prémédité. Ce qui n’est pas une condamnation du cinéma prémédité. Ca veut dire que même dans le cinéma prémédité, cela commence lorsqu’on dit « moteur » ; quelque chose peut se passer qui va enrichir le film. Quand on dit « moteur », un espace se crée et dans cet espace il y confiance en ce qui va se passer. Et plus tu as confiance, plus, me semble-t-il, il y a du cinéma. Dans le Mankiewicz, il me semble qu’il y en avait. La preuve, il me semble que vous n’avez sans doute pas l’habitude de parler presque un quart d’heure d’un tout petit bout de séquence où en plus il ne se passe rien.

Quelque chose s’est mis en place. Il me semble que c’est cela aussi le cinéma. C’est parfois ce menu fretin-là. C’est souvent entre les choses, plus que dans l’image : entre deux plans, entre deux sons, entre un son et un corps, entre un corps et une image, entre moi et le film, c’est là que les choses se passent.

Précédent

Séminaire II - les Medvedkine

Suivant

 

Répondre à cet article