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Projet « Hodimont en V.O. » par Des Images et Le CAP

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Accueil du site / Geste cinématographique / Qu’est-ce que le cinéma ? / Séminaire II / Les groupes Medvedkine / 06 - La disparition du pôle spectateur ou filmeur dans certains films. Une conviction.

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(Patrick Leboutte)
- Il me semble justement qu’au-delà de tous ces clivages de genre et de nature que l’on trouve dans toutes les histoires du cinéma, je propose une réflexion : Où est le geste commun ?

Je vais même aller plus loin : « ce geste est-il si différent de celui du peintre, du sculpteur, etc. ? » C’est une tentative de voir que l’essence entre guillemets (je trouve que le terme n’est pas génial), que l’essence, la spécificité du geste cinématographique est proche du geste pictural ou sculptural. Bref, il s’agit d’une expérience artistique. Il y a malheureusement beaucoup de films sans expérience artistique. Il y a malheureusement beaucoup de choses, de produits qui nous sont proposés délibérément dépossédés de toute expérience artistique.

Ne fut-ce que parce que la position du spectateur, qui est pour moi la seule qui tienne (je parle d’un point de vue de spectateur, je ne fais pas de film), la seule position qui nous est laissée est simplement d’être devant le film et d’admirer. Il ne se passe rien d’autre. « Ferme ta gueule, tais-toi. » « Regarde : je suis un grand cinéaste. » Ce n’est pas une expérience, plutôt de l’expertise.

On nous dit : « Voilà admirez, regardez comme le plan est beau. » Cette focalisation de toute l’histoire de la culture cinématographique sur le plan, le tableau, ce qu’il y a dans l’image, l’œuvre, le film, et pas sur ce qui est entre. Mon approche était quand même en ce sens en rupture avec la tradition cinéphilique : je ne me focalise pas sur l’œuvre, je me focalise sur le geste. Je ne focalise pas sur le plan, je focalise sur ce qu’il y a entre deux plans et sur cet entre-deux qui permet à moi qui suis spectateur d’espérer de cette expérience une transformation de mon regard. Tout ce qui transforme les données établies, la donne de départ m’intéresse.

Il n’y a que dans l’art que les choses sont encore un petit peu susceptibles de se modifier, c’est cela qui m’intéresse. C’est en ce sens que je considère le cinéma comme une utopie concrète, réalisable tout de suite. Les choses peuvent toujours s’y modifier. C’est en ce sens que je comprends pourquoi ce type d’expérience nous est de plus en plus refusé par la multiplication des procédures, des script docteurs, etc.

(Olivier Smolders)
- Je voulais faire un commentaire par rapport à l’idée : « comment échapper au triangle ». Ce que je trouve assez étrange c’est qu’on peut très bien se passer du pôle du cinéaste (de la même manière qu’en musique on peut produire des musiques par ordinateur et puis il peut se trouver des gens qui prennent leur pied en écoutant ça) ; on peut produire du film qu’on appellera aussitôt expérimental, abstrait, avec des machines qui fabriquent et puis il y aura quelqu’un pour regarder ce travail.

On ne fera pas à mon avis l’économie du réel, parce que le réel (enfin dans l’idée que je m’en fais) c’est infini dans l’espace. Selon moi, nous baignons dans le réel. Alors que la réalité est ce que nous pouvons percevoir par nos 5 sens et ce que nous pouvons comprendre avec notre passé intellectuel et notre capacité d’entendement. Par contre ce que je trouve plus étrange : « pouvons-nous nous passer du spectateur ? » On a coutume de dire, « Un film n’existe pas si personne ne le voit ». J’ai lu un jour dans un journal un texte expliquant qu’une œuvre littéraire qui serait écrite et qui ne serait jamais lue autrement que par l’auteur, en imaginant même que celui-ci meurt le jour même, n’empêcherait pas que quelque chose se soit passé. Je trouve cela intriguant. A-t-on réellement besoin d’un spectateur ?

(Philippe Simon)
- Ces questions d’ordre un peu philosophique s’écroulent très rapidement si nous supposons que l’enjeu est la création de lien. Nous manquons aujourd’hui de communautés, de tribus, de clans,... Disons que depuis l’économie de marché, toutes les sphères indépendantes de l’art ont fusionné et se confondent à peu près dans le même moule. Aujourd’hui, ce qui nous fait cruellement défaut est cette mise en commun que Patrick voit dans sa pratique du cinéma. La question essentielle du cinéma est là.

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