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Accueil du site / Grands entretiens / GE n°01 - le cinéaste Benoît Dervaux / 08 - Benoît Dervaux : filmer ce qui se passe au sein de l’institution

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Cet article fait partie du grand entretien n°01 - le cinéaste Benoît Dervaux de la série des grands entretiens disponible dans la rubrique correspondante du site.

Est-ce que certains quittent l’établissement ?

Jean-Claude, par exemple, quitte assez souvent « La devinière. » Il y a un ami de Michel qui a acheté une maison dans les Cévennes, qui fait des travaux dedans, et Jean-Claude aime bien aller travailler pour lui. Il est payé. Mais au bout d’un temps, il demande à revenir. C’est très fréquent.

Mais définitivement…

Il y a des gens qui sont partis définitivement. Il y a eu des morts aussi. Il y a des parents qui ont repris leurs enfants, parce qu’ils sont partis, ou qui les ont placés ailleurs. Il y a à un moment donné une personne qui donne la soupe à Anne. Beaucoup de gens croient que c’est un éducateur, un garçon avec un bouc, mais qui lui est en fait un gros déséquilibré. Probablement le cas le plus grave… Il a quitté « La devinière » et fait de la prison. Il est maintenant en psychiatrie fermée. En Belgique, il y a deux prisons psychiatriques, Paifves et Tournai. Ce sont, selon moi, les pires endroits parce qu’on ne sait jamais quand on en sort. L’enfermement y est physique et chimique. Et donc Casimir, c’est son surnom, est sorti de Paifves. Ca n’a pas été et maintenant, il est à Tournai. Donc, il y a des gens qui sont enfermés. Il y a beaucoup de parcours. Mais le noyau est resté le même en gros.

Il y a des histoires d’amour, des choses qui se passent ?

La psychose, c’est en principe le non rapport à l’autre. Tandis que la sexualité est par essence le rapport à l’autre. Donc il n’y a pas de sexualité entre eux. Mais par contre, des histoires d’amour, il y en a. Il y avait une fille qui s’appelait Paule, qui peignait des toiles absolument admirables. Et la mère de Paule l’a reprise pour avoir la garde, enfin je ne sais plus très bien, c’est un peu sordide comme histoire, ce qui s’est passé. La mère l’a remise en psychiatrie. Et le jour où Paule est partie, Eric a été dans une souffrance énorme. Il a mis ses poings dans les vitres et s’est coupé.

Il y a le gars qui est amoureux de Stéphanie, quand elle arrive… Je trouve qu’il y a beaucoup de contacts entre eux. Ça m’étonne un peu quand tu dis…

Oui, mais Michel a mis dix ans pour les mettre autour d’une table et manger ensemble, quand ils mangent ensemble. Ca a pris dix ans. Mais si je voulais raconter cette histoire-là, ça passait par Michel, c’était un film sur Michel. Et c’était un film sur la folie, à travers Michel, qui est un film qui me tentait bien aussi de faire, mais bon… D’autant plus que je suis très proche de lui, et on est amis. Mais c’était un autre film. Il y a 150 films à faire là-bas… Ça aussi ça pose la question du cinéma. Qu’est-ce qu’on fait comme film ? Et puis au bout du compte, quel est le film qui va se rapprocher le plus de mon regard à moi ? Et quel est le film qui n’a pas été fait ?

Je voulais te demander… Au montage, tu es là tout le temps ? Ou tu laisses parfois travailler la monteuse seule ?

Non, parfois la monteuse. Moi je suis tous les jours là, mais je pars, je reviens… Quand la matière de quinze heures s’est réduite à presque deux heures, tu n’as pas encore forcément une structure, enfin selon ma méthode. Parce qu’il y a plein de méthodes différentes, et chaque film est un cas d’école. Je travaille par décoction des séquences. Quand il y a des séquences, je les agence en structures. Et alors à ce moment-là, on fait un plan avec la monteuse, et puis elle monte le film en structures. Elle en fait des différentes et quand c’est prêt, je viens voir. On en discute. Elle retravaille toute seule. Ensuite, pour toutes les étapes de finition, je suis là en permanence. Et pour tout le travail où on réduit la matière, je suis là aussi. Et on parle.

En tout cas, c’est un film qui donne envie de fumer… On n’arrête pas de voir des gens qui fument… Et même justement, finalement, la grosse frustration de l’hôpital psychiatrique, c’est cette interdiction de fumer. C’est la première interdiction qui arrive, c’est celle de fumer. Et puis après on voit directement tout le monde en train de fumer. Ici ça va, parce que dans la salle on peut fumer. Mais dans une vraie salle de cinéma, on ne peut pas fumer. C’est anecdotique mais pour moi, cela fait partie du film.

Oui, la mère, elle ne fume plus, mais c’est une vraie fumeuse. La jouissance qu’elle a de fumer une gauloise, c’est…

C’est exactement ça ! Et puis sur l’œuf, il met une cigarette quand même ! Finalement, l’œuf, on dit « waouw il fait ça ! », mais en plus, il fait tenir une cigarette sur l’œuf…

C’est la beauté du geste…

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GE n°01 - le cinéaste Benoît Dervaux

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