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Projet « Hodimont en V.O. » par Des Images et Le CAP

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Accueil du site / Geste cinématographique / Etats généraux du documentaire de Lussas 2008 / Séminaire formes de lutte et lutte des formes

On ne conteste jamais réellement une organisation de l’existence sans contester toutes les formes de langage qui appartiennent à cette organisation. La forme doit correspondre au contenu. Au centre de l’expression aujourd’hui, je crois qu’il faut bien voir la place de cette notion de détournement, qui me semble être, à tout le moins, la base de cet art critique.

Guy DEBORD, dans son film Sur le passage de quelques personnes à travers une assez courte unité de temps (1959)

Prologue

Les états généraux du documentaire de Lussas constituent depuis 20 ans un lieu – un village de deux rues perdu dans les collines de l’Ardèche – et un moment – une semaine dans les dernières haleurs aoutiennes – essentiel pour saisir les enjeux et les questions posés par le documentaire en France et au-delà. Pour ces 20 ans, le festival avait convié pour un séminaire trois figures majeures de la réflexion sur le cinéma du réel, trois amis en quelque sorte venus défendre leurs convictions, leurs craintes et surtout échanger autour d’elles.

Jean-Louis Comolli, cinéaste et critique, contributeur régulier à la « Revue documentaire », compte plus de 20 ans de travail à faire émerger une conception du documentaire comme espace indécidable et sauvage au sein du cinéma, résumé dans son livre-somme « Voir et pouvoir » sorti en 2003 chez Verdier.

Patrick Leboutte, critique itinérant et pédagogue, tente depuis la revue « L’image, le monde » dont il fut le fondateur et rédacteur en chef, de cerner l’état du monde contemporain avec le cinéma : possibilité de créer du lien, de réparer là où la société marchande cherche à détruire le tissu social. Son dernier livre s’intitule : « Ces films qui nous regardent. Une approche du cinéma documentaire », édité par la Médiathèque de la communauté française de Belgique.

Marie-José Mondzain, philosophe, également habituée du festival, considère que les enjeux de l’image sont indissociables du sujet qui veut partager et transformer le monde avec ses pairs, point de vue déployé entre autres dans « Voir ensemble », livre de réflexion collectif publié sous sa direction.

Tous trois font partie du MLS, Mouvement de Libération du Spectateur, appellation libre de droit et d’usage. Ce séminaire de trois jours apparaît par conséquent avant tout une volonté de se déclarer en guerre au nom de notre émancipation. Avec quel adversaire, quelles munitions, et tenant quelle idée du cinéma ? De ces trois jours, je dresse ici un aperçu subjectif et partiel.

Compte-rendu en forme de partage avec le lecteur.

Emmanuel Massart

Articles de cette rubrique

  • 15 - Marie-José Mondzain : pour ne pas en finir

    Le 13 septembre 2008 par Emmanuel Massart
    Les témoins défilent à la barre pour parler de leur histoire aux avocats du Fond monétaire. Pourra-t-on se lever pour raconter son histoire ? Trouverons-nous la justesse des mots et surtout la démarche pour s’avancer vers la caméra ? Geste terrible, trop pour l’un des témoins qui après avoir décliné son identité restera muet, aphone, et s’en retournera au fond du plan dans la masse du petit peuple. Revenir au fond de l’image à force d’avoir vu le cinéma ne donner de la place qu’à ceux qui sont tout devant, au premier plan, bien au milieu. Les Européens, les Occidentaux.

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  • 14 - Marie-José Mondzain : « Film » de Samuel Beckett

    Le 13 septembre 2008 par Emmanuel Massart
    Film raconte l’impossible solitude de la vie, le fait qu’il y ait toujours au moins quelqu’un face à soi, ne serait-ce que son propre reflet dans le miroir. Le réel fait sans cesse retour, se joue même au travers de ses retours. Ainsi d’un chat, d’un chien que le personnage tente de congédier en les mettant à la porte de chez lui mais qui rentrent de nouveau. Ainsi d’un poisson ou d’un perroquet qui ne présentent que leur simple regard et qui seront toutefois recouverts d’un tissu.

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  • 13 - Marie-José Mondzain : « Tableau avec chutes » de Claudio Pazienza

    Le 13 septembre 2008 par Emmanuel Massart
    Le tableau de Breughel apparaît ici une Belgique grouillante autour de laquelle chacun revient comme un mystère tantôt délicieux tantôt tragique. Un homme laboure son champ avec une charrue à l’avant plan. Un homme tombe au loin dans la mer. Quels liens se jouent entre ces deux plans ? Quelle place entre ces êtres séparés qui visiblement ne se parlent pas ? Le film tâche de constituer a contrario un espace commun, un feuilleté de voix, de visages, d’histoires comme autant de points de chute tendus vers le cinéaste qui les convoque comme autant d’amis.

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  • 12 - Marie-José Mondzain : « Les pompiers de Santiago » de José Bersoza

    Le 13 septembre 2008 par Emmanuel Massart
    Cette façon de filmer le corps des pompiers, un corps sans tête, donnera une acuité nouvelle et singulière au final du film où le cinéaste croise le regard d’une dernière famille sur le pas de leur porte, une dizaine de personnes apparaissant de face, avec tout ce qu’elles sont, cause commune face aux disparus. Deux corps collectifs filmés comme autant de manières de représenter permet de traduire en cinéma ce qui se trame entre les lignes du récit et comment il souhaite y répondre.

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  • 11 - Marie-José Mondzain : « Les Mots et la Mort » de Bernard Cuau

    Le 13 septembre 2008 par Emmanuel Massart
    Evoquer les années 50 à l’Est rappelle d’abord à nos yeux de spectateurs contemporains la croyance collective du peuple face à l’avènement d’un temps nouveau – le commentaire des actualités insistant sur l’arrivée des Russes en 45 comme les sauveurs de la nation. C’est la Grand-Place occupée de part en part par une foule démesurée, acquise au discours présidentiel proféré dans les hauts parleurs. C’est le stade national où une gigantesque chorégraphie collective symbolise l’harmonie parfaite où aucun corps ne dépasse. Où rien ne doit dépasser.

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  • 10 - Marie-José Mondzain : Fiat et Godard

    Le 13 septembre 2008 par Emmanuel Massart
    Un autre enjeu pour le spectateur est d’occuper nos images, celles qui ont mis en lumière les grands récits collectifs et fait du cinéma un acteur de l’histoire. Marie-José prend ainsi pour exemple une publicité Fiat qui colonise certaines de ces images, invoquant le « nous » de l’histoire collective pour le refermer sur une voiture à acheter. Le risque, ce n’est pas la voiture, c’est tout ce qui referme les sens et le sens sur l’acte réglé et fini de la consommation, mode identitaire du marché.

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  • 09 - Patrick Leboutte : filmer la parole politique

    Le 13 septembre 2008 par Emmanuel Massart
    Le point de vue des cinéastes n’est pas univoque. Il y a d’abord l’intérêt de Jean-Louis Comolli pour la parole politique qu’il filmera à la fois avec acuité mais loyalement tout au long de sa série marseillaise qui commencera plus tard et qui s’intéressera aux scrutins locaux. Cette parole politique se dépose dans l’espace d’un film, dans l’espace d’un point de vue, à l’encontre de l’époque actuelle où elle n’est plus considérée que comme parole médiatique, télévisuelle, superficielle et traitée le plus souvent dans des débats ping-pong.

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  • 08 - Patrick Leboutte : « Pour la suite du monde » de Pierre Perrault

    Le 13 septembre 2008 par Emmanuel Massart
    Perrault est un type qui vient de la radio, qui a un sens des mots, de l’essaimage et du plaisir de la parole dans ses films. Sa manière de travailler est d’enregistrer le son de multiples conversations de l’Ile-aux-Coudres, fasciné par l’art du récit, simple et discret, avant de les retranscrire fidèlement pour constituer un récit en les réagençant.

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  • 07 - Patrick Leboutte : Cinélutte et les Dardenne

    Le 13 septembre 2008 par Emmanuel Massart
    L’on écrivait récemment dans le programme de la cinémathèque française que Mai 68 avait duré un mois et qu’il n’existait que trois films tournés au moment des évènements. Les deux films que Patrick Leboutte a choisi de programmer cet après-midi disent d’une certaine manière que dans l’esprit, Mai 68 a largement débordé son lit pour irriguer le cinéma militant et politique, voire au-delà.

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  • 06 - Patrick Leboutte : « Jaguar » de Jean Rouch

    Le 13 septembre 2008 par Emmanuel Massart
    Jaguar est précieux parce qu’il éprouve pratiquement ce travail du spectateur que Comolli, Mondzain et Leboutte défendent au sein du séminaire, cette manière de chercher quelque chose ensemble au départ de l’individu : Tout le monde est étranger. C’est la condition de l’homme dans le monde. Nous ne pouvons nous rencontrer que dans l’étranger ajoute Marie-José Mondzain en écho du marabout qui à la veille du voyage conseille aux trois amis de se séparer avant de se retrouver, afin d’éloigner le mauvais sort.

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  • 05 - Patrick Leboutte : « Les Gros Mots du baron » du collectif « Sans canal fixe »

    Le 13 septembre 2008 par Emmanuel Massart
    L’un des enjeux de ce travail de constitution du « nous » passe selon Patrick par la parole. Il y a d’abord le silence, ne pas avoir la parole, être confisqué de parole parce que c’est l’expert qui parle et qu’il en sait beaucoup plus que nous sur nous-mêmes. Quand voyons-nous à la télévision des chômeurs parler de chômage en lieu et place des experts du bureau du plan ? Prendre la parole comme « Sans canal fixe » le fait est donc un premier moment, celui de la réappropriation.

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  • 04 - Jean-Louis Comolli : un cinéma de l’irrécupérable

    Le 13 septembre 2008 par Emmanuel Massart
    Ce sera plutôt une histoire des idées, une volonté de geste, fatigué certes mais toujours à la recherche désespérée d’une liberté qui est celle du récit commun, de ce qui demeure possible collectivement aujourd’hui. Nous n’échapperons pas à l’époque. Nous n’échapperons pas à notre vie. Un homme hanté par la mort n’est pas un homme défait. Il écrit depuis son désastre, fait avec.

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  • 03 - Jean-Louis Comolli : « Scènes de chasse au sanglier » de Claudio Pazienza

    Le 13 septembre 2008 par Emmanuel Massart
    Scènes de chasse est avant tout un film de la parole, de l’adresse dans la parole, des « tu dis » incessants scandés par Pazienza. Qui est-ce « tu » ? Le père quelque part. Le spectateur aussi, présent dans la salle. En filigrane, le fils de Pazienza n’est pas loin, lui qui apparaît à son tour dans l’enchevêtrement si particulier des scènes. Le « tu » hésite, le film se cherche et même dire : « Ceci est un cerisier » peut provoquer ensuite un doute : « Est-ce bien un cerisier ? »

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  • 02 - Jean-Louis Comolli : « Disneyland : mon vieux pays natal » de Arnaud Des Pallières

    Le 13 septembre 2008 par Emmanuel Massart
    Que fait Des Pallières avec sa modeste caméra au sein de la machine de guerre Disney ? Il isole des figures les unes après les autres et constitue avec elles non pas un retour au réel mais un bout possible d’histoire enchantée, un ensemble de récits singuliers que le film déploie par la voix off. En face, couleurs saturées, les images interminablement silencieuses du parc. On dirait une vieille télévision de laquelle il est devenu impossible d’enlever la prise.

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  • 01 - Jean-Louis Comolli : « Las Hurdes » contre « Misère au Borinage »

    Le 13 septembre 2008 par Emmanuel Massart
    Que faire de la misère au cinéma ? C’est avec Las Hurdes que répond Jean-Louis Comolli : la rendre irrécupérable, jeter le spectateur dans le vide, ne pas indiquer de voie de rédemption militante et confortable. Autant le film de Storck et Ivens force les images au nom d’une idée supérieure, autant Las Hurdes apparaît une plongée dans un paysage désolé, un essai de géographie documenté qu’effectue le cinéaste. Cette exploration de la désolation nous prend à témoin et la voix s’adresse régulièrement à nous, spectateurs.

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  • 00 - Introduction

    Le 13 septembre 2008 par Emmanuel Massart
    La volonté du séminaire est de porter le fer de cette croyance au-delà du plaisir du récit ou de la cinéphilie. L’enjeu devient le spectateur lui-même. Qu’est-ce qui nous arrive dans le présent de la projection ? Chaque journée sera programmée par l’un des invités, plaçant ses comparses dans cette position assumée de celui qui découvre les films, sans coup d’avance sur le public. Bref, là où l’un déroule le fil de ses idées, les autres réfléchissent et s’émeuvent en direct.

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