Verviers : carte de Hodimont
Projet « Hodimont en V.O. » par Des Images et Le CAP
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C’était il y a plus de deux ans. Un colloque sur les jeunes organisé dans une grande salle de Bruxelles. Les invités montaient tour à tour sur scène pour dire leur point de vue, échanger avec les ados. Au milieu de ce défilé, un homme rendait une tête de moins à l’assemblée, cheveux noirs tempétueux, lunettes de professeur. Il n’a dit qu’une phrase de tout l’après-midi : « Je m’intéresse au n’importe quoi des enfants. »
A quoi cela a tenu le désir de rencontrer cet homme-là ? A la curiosité suscitée par cette phrase donc, à la réputation certes modeste mais réelle de quelques émissions diffusées à la RTBF naguère : Journal de classe. Durant des années, un enseignant a filmé ses discussions avec les élèves.
Quelle est cette démarche ? Quel désir a mené ce professeur de morale à se lancer dans la vidéo à une époque où elle n’intéressait personne, si ce n’est quelques documentaristes ou expérimentateurs des formes cathodiques ? Justement : documenter cette parole et cet univers méconnu de l’enfance une fois franchie la barrière guimauve de nos préjugés. Prendre les gens au sérieux.
Tenter l’expérience fabuleuse des représentations des élèves, de leur capacité à parler d’eux-mêmes et du monde. Duez a enregistré ces enfants prenant des habits de personnages, alors que raconter devient un art.
Par la suite, Jacques est devenu un de ces vieux oncles que l’on voit de loin en loin mais avec qui le plaisir de l’échange demeure vivace. Lui qui laisse volontiers les enfants se confier, je lui ai ouvert en avril 2008 le micro pour un grand entretien. L’hypothèse de départ : Jacques Duez, cinéaste !
Très vite, en réécoutant l’homme, je me suis rendu compte qu’il sautait du coq à l’âne, enchâssant sans cesse plusieurs anecdotes, rebondissant sur la réflexion plus générale, le tout avec une verve passionnée. La réécriture donc a nécessité beaucoup de temps pour élaguer, relier, tenter d’extraire le noyau des séquences de parole.
Jacques Duez voulait relire ce travail, reconnaissant volontiers son côté bordélique... Une dernière discussion a eu lieu il y a plusieurs mois au téléphone et nous avions conclu de lui envoyer une première partie de cet entretien couché sur papier. Le temps est passé et son décès est survenu alors que la matière était terminée, n’attendant que sa relecture.
Bref, nous vous proposons finalement cet entretien en l’état, espérant qu’il pourra apporter sa pierre à la mémoire d’un simple enseignant si fasciné par les enfants qu’il les cite volontiers comme de grands auteurs de chevet. « On est vivant. Il faut jouir de la vie. », conclut ainsi une petite fille à la fin de cet échange de plus de deux heures.
Cher ami, mes hommages !
Emmanuel Massart
Un merci à Eve Libois et Emmanuelle Stekke pour leur aide durant l’entretien et Maude Marchal pour la retranscription courageuse.
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