Verviers : carte de Hodimont
Projet « Hodimont en V.O. » par Des Images et Le CAP

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Le 15 septembre 2008, j’ai été engagé une troisième fois par le Conseil d’Arrondissement de l’Aide à la Jeunesse de Verviers pour mieux comprendre les paroles, les gestes, les contextes des ados en matière de prévention.

Précisément, ma tâche cette fois était de m’entourer de quelques acteurs de terrain avec qui j’allais passer le plus clair des 6 mois qu’ont duré mon contrat à temps partiel. L’enjeu était de travailler sur les pratiques, mettre au point de petites expériences de terrain et réfléchir collectivement dans l’esprit du rapport « Paroles des jeunes » 2007, dont la rédaction a constitué la phase précédente de mon engagement.

Ces partenaires ne sont pas dénommés en tant que tels afin de pouvoir oeuvrer sereinement, sans craindre de censure. Ils sont au nombre de 6 : deux structures jeunesse, une locale d’un mouvement de jeunesse, une association montant des projets avec différents publics dont des ados, une commune et un prof du secondaire supérieur. Les prénoms ont été également modifiés.

Dans le rapport « Paroles des jeunes » 2007, de nombreux fragments de situation irriguaient la réflexion, accompagnés de ma lecture, de ce que je comprenais de ce vécu et comment je le retournais aux acteurs - jeunes et adultes.

En avant jeunesse ! est donc la suite de ce travail, sous une autre forme.

Emmanuel Massart

Articles de cette rubrique

  • En avant jeunesse n°20 : L’envie d’être quelqu’un d’autre

    Le 13 avril 2009 par Emmanuel Massart
    Il y a chez chacun une exigence d’oubli, le contraire d’une prévention où l’adulte ne parle qu’avec l’index levé, pour dire : « n’oublie pas » avant de conclure : « je te l’avais bien dit ». C’est une prévention qui existe à la marge des discours habituels, que l’on retrouve dans certaines pratiques mais qui nécessitent d’être défendues. On a le droit de changer d’avis, de manipuler le sens et les émotions, d’être en recherche, de dire un jour que l’on n’aime pas les PD parce que le jour suivant, peut-être les choses changeront. Affaire de confiance.

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  • En avant jeunesse n°19 : Pédagogie Nomade, ça circule !

    Le 15 mars 2009 par Emmanuel Massart
    Passe dans ce silence une respiration inédite dont le sens n’est pas clair. Est-ce de la nervosité ? Est-ce un manque de confiance ? Est-ce simplement le temps nécessaire pour se rappeler l’idée suivante ? Est-ce un effet voulu et maîtrisé ? Peut-être tout cela simultanément. Ce que ce silence produit sur l’assemblée, c’est une écoute nouvelle où chacun a du temps cette fois pour réfléchir à la portée de chaque idée. Plutôt que la langue et les mots pris pour eux-mêmes, ce jeune type mobilise un discours, c’est-à-dire ce qui se passe entre les mots, derrière les mots, en retrait des mots.

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  • En avant jeunesse n°18 : Mai 68, hiver 96 et printemps 2009

    Le 15 mars 2009 par Emmanuel Massart
    Malgré une grande timidité, une élève prit la parole à la fin de cette rencontre. Elle tremblait véritablement et les mots eux-mêmes tremblaient, échouant à signifier quelque chose, quelque chose d’audible et de partageable. Elle ne prononçait les syllabes que les unes après les autres, comme une langue qui n’était pas la sienne. Ce ne fut pas les autres élèves qui réagirent mais d’abord une de ces dames qui laissa échapper un ricanement méprisant. Pourtant, dans un mélange de fierté et de nécessité, elle releva la tête et peu à peu, ses mots sont devenus plus clairs. Elle trouvait au fur et à mesure un chemin dans les phrases, rassemblant ses idées, devenant intelligible.

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  • En avant jeunesse n°17 : Bienvenue chez les p’tits

    Le 1er mars 2009 par Emmanuel Massart
    Quand l’on parle cinéma et jeunes, le lecteur entrevoit deux possibilités. Premièrement, l’atelier vidéo où il est proposé de tâter un peu de technique avant de réaliser un « petit film » soit festif, soit où l’on a un message à exprimer. Deuxième possibilité, le ciné-club où au travers d’un film de conscientisation le plus souvent, l’on fait débat jusqu’à plus soif. La proposition de « Paroles de jeunes » repart du second versant tout en le remodelant.

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  • En avant jeunesse n°16 : A quoi ça sert de parler aux autres ?

    Le 15 février 2009 par Emmanuel Massart
    Je n’ai pas su déjouer leur peur de l’autre, donner assez d’éléments pour encadrer la part hostile que toute rencontre charrie. Ils sont sortis voir, ont rencontré des Welkenraedtois devant qui ils pouvaient hésiter. Ces passants eux-mêmes n’avaient le plus souvent rien à leur dire, ne comprenaient pas l’enjeu de la rencontre ou renvoyaient à leur tour leurs doléances : la propreté, la sécurité, le confort privé,… En cela, les jeunes ont constaté qu’ils font bien partie d’un même état du monde que les adultes. Mais, cela ne fait pas mon affaire.

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  • En avant jeunesse n°15 : rendez-nous Maurice !

    Le 30 janvier 2009 par Emmanuel Massart
    Entre les rires gênés, il y a l’épaisseur des corps qui se cachent les uns derrière les autres, qui s’enhardissent, rentrent dans leur rôle et cherchent l’accroche aux autres, la chute pour clore enfin le récit mis en branle. Je me rends compte qu’une fois en rue, ils se présenteront comme des élèves chargés d’un travail, d’une enquête, mais ces béquilles peuvent disparaître rapidement s’ils entrent pleinement dans l’échange, si la personne rencontrée éveille chez eux quelque chose d’un fond commun, d’une langue partagée, tout ce que les journaux ont renoncé à faire quand ils parlent de cette commune perdue sur la carte de Belgique.

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  • En avant jeunesse n°14 : l’avènement d’une société sans Batman

    Le 30 janvier 2009 par Emmanuel Massart
    Aujourd’hui, le moindre quidam qui veut pouvoir exercer une profession doit montrer patte blanche : diplôme, expérience, méthodologie, procédures. Il y aurait à dire sur cette hyperspécialisation des aptitudes de chacun mais surtout, l’on peut y lire un manque de confiance patent dans les gens que l’on rencontre. Ici, laisser son enfant sous la responsabilité d’adolescents peut apparaître une affaire dangereuse. La tradition des scouts, patros, guides rassure néanmoins la ménagère de moins de 50 ans sur la possibilité d’offrir un cadre d’expérience, à la fois une sécurité et la possibilité de vivre quelque chose.

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  • En avant jeunesse n°13 : génie du moment

    Le 2 décembre 2008 par Emmanuel Massart
    Emma et moi discutons de ce génie de peu, véritable confiance réciproque à laquelle bon nombre d’adultes ont renoncé par peur, peur de ne savoir que dire, peur de ne pas trouver dans le silence la possibilité d’un moment partagé. Si personne ne leur dit et s’ils ne sont pas capables de l’énoncer eux-mêmes, qu’en restera-t-il ? Faudra-t-il toujours se mentir et voir dans de grands projets la seule visibilité positive de la jeunesse ? Ces mots d’intergénérationnel, d’interculturel, d’échanges qui ne sont le plus souvent qu’une forme institutionnalisée et réductrice de ce génie-là. Nous regardons mal, souvent. (...)

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  • En avant jeunesse n°12 : le collectif, c’est pour combler le vide

    Le 25 novembre 2008 par Emmanuel Massart
    Pierre dit : Le collectif, c’est pour combler le vide. La rue, espace de rencontre et de reconnaissance mouvant, est le lieu politique par excellence, là où apparaissent des jeunes guidés par le désir de sortir de chez eux et de se rassembler, mus par l’envie de se frotter aux autres, de séduire ou de se chercher, bref emplis de ce trouble de savoir ce que l’on vaut et ce que l’on peut. En ce sens, la rue est cette citadelle à prendre, à inventer, lieu de rien qui peut appartenir à ceux à qui il manque toujours quelque chose : de l’argent, une situation, une autonomie, un regard,…

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  • En avant jeunesse n°11 : les jeunes sont ignorants, alcooliques et mangent dans les bus

    Le 3 novembre 2008 par Emmanuel Massart
    Créer une norme n’est pas un geste léger. Cela construit ipso facto de la délinquance, c’est-à-dire du non-respect de norme. Cela donne généralement ce genre de phrase : « C’est un délinquant. Il ne respecte rien. » Le porteur de la norme, celui qui la défend, doit la faire entendre comme la plus naturelle qui soit, donc la moins contestable. Idéalement, il aimerait dire : « Cela a toujours été comme ça. » Sauf que la norme ici est nouvelle et que de plus, elle ne s’applique pas dans d’autres transports en commun : les trains.

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  • En avant jeunesse n°10 : On a toujours tort, monsieur

    Le 2 novembre 2008 par Emmanuel Massart
    Nous en venons à mieux définir ce qu’est un adulte. Quelqu’un dit : Ils sont trop occupés à vouloir faire comme des adultes. La force d’un groupe comme celui que l’animateur a constitué cette semaine de Toussaint, c’est d’accélérer cette réflexion sur la dynamique adulte-adolescent. Aimeriez-vous avoir les parents en face de vous à présent, en groupe, pour leur dire ? Les visages se figent : Non, surtout pas. Je repense pourtant au pédagogue Jacques Duez qui en filmant la parole de ses élèves de primaire au travail, les transmettaient à des spectateurs adultes estomaqués de voir leur progéniture se frotter au sens du monde.

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  • En avant jeunesse n°09 : Pédagogie Nomade, ça tourne !

    Le 27 octobre 2008 par Emmanuel Massart
    Bien des problèmes se posent au quotidien du fait du fonctionnement original de PN, peut-être plus qu’ailleurs, mais personne n’est appelé à l’assumer isolément. Il n’y a pas la figure du super prof qui tire seul les autres, tendance fiction de gauche française (Ca commence aujourd’hui de Bertrand Tavernier). Il n’y a pas non plus la figure isolée du gamin de merde irrécupérable, tendance reportage choc à la télé. Ce qui est difficilement représentable dans Pédagogie Nomade, c’est bien la bulle narrative collective comme élastique apte à offrir une place à chacun ou presque.

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  • En avant jeunesse n°08 : D’Artagnan et Bob l’éponge sont sur un même bateau

    Le 19 octobre 2008 par Emmanuel Massart
    L’écueil à éviter ici est de subir le choix adulte convaincu de devoir faire de l’éducation à coups d’arguments balisés où le film et le débat ne sont qu’un cache-sexe du message à délivrer : « Attention à l’alcool, la drogue, le sida, l’extrême droite. » « Soyez tolérants, mangez sains, montrez du respect,… » Ces discours que certains dénoncent dans la société de consommation – « Soyez beaux, achetez ceci, voyez cela,… » - mais dont le schéma est reconduit ici et là dans l’aide à la jeunesse. Le film à injonction qui est le cauchemar du cinéma militant. Une vérité qui dérange d’Al Gore.

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  • En avant jeunesse n°07 : les devoirs comme porte d’entrée

    Le 19 octobre 2008 par Emmanuel Massart
    Moi-même nouveau ici, j’ai attiré la curiosité de Guarana, une fille de 17 ans aux cheveux bouclés et teints. Elle ressemble à certaines filles du quartier avec qui j’ai déjà travaillé : une forme de proximité vaguement séductrice, cherchant à trouver un terrain de rencontre (ici, le devoir de physique), mais également capable de volte-face cassant dans sa conversation avec d’autres, manière de marquer sa présence, d’imposer un certain respect.

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  • En avant jeunesse n°06 : première expérience de la rue

    Le 6 octobre 2008 par Emmanuel Massart
    L’éducatrice me désigne un muret sur le côté, lieu de rassemblement prisé. C’est notamment là qu’ils dérangent. Le bruit. Quelques enfants viennent nous saluer. On prend des nouvelles. Le contact est là et les enfants sourient en discutant. L’introduction d’un regard extérieur permet à Emma d’entrer dans un processus de valorisation de l’autre. En demandant comment s’est passée la journée, elle laisse la place au récit, à la description par les jeunes de leur vécu. Tout est dans la suggestion : si l’on n’a pas envie d’entrer dans les détails, rien n’y oblige.

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  • En avant jeunesse n°05 : vivre dans le même monde

    Le 29 septembre 2008 par Emmanuel Massart
    Il n’y a rien de pire que de laisser quelqu’un seul avec son histoire, sans possibilité de la raccrocher à un espace plus large, à d’autres gens, à une langue, à une lutte pour l’égalité, un besoin de faire entendre à ses semblables que bien sûr, il y a terreau commun et que c’est toujours de cela qu’il s’agit avec le métier de vivre. Alors, comme le dit Bernard De Vos, du point de vue de la prévention, l’on ne peut pas faire la distinction entre Adam et Joe.

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  • En avant jeunesse n°04 : qu’est-ce qui se passe 5 heures avant une soirée ?

    Le 25 septembre 2008 par Emmanuel Massart
    L’enjeu est de proposer avec le bar lounge un récit possible de la soirée qui ne passe pas par l’alcool. Cela laisse de côté les raisons qui provoquent cette charge alcoolisée dans l’imaginaire des étudiants. Et ce n’est évidemment pas le soir de fête que cela va pouvoir être questionné. Qu’est-ce qui se passe les 5, 6 heures avant le début des festivités, quand règnent peut-être une sorte d’ennui, l’attente que quelque chose de fort démarre ?

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  • En avant jeunesse n°03 : travailler contre l’impuissance

    Le 21 septembre 2008 par Emmanuel Massart
    Bref, avant de savoir quel but poursuivre en travaillant avec des jeunes – cela veut dire quoi faire de la prévention ? - se posent d’innombrables difficultés de positionnement qui laissent pour une part le travailleur de rue, l’éducateur, dans l’impuissance, un peu esseulé, à se demander certains jours ce qu’il fout là. La réalité est lente et pourtant en fin d’année, il faut justifier de son travail face à l’institution et au conseil d’administration.

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  • En avant jeunesse n°02 : un atelier couture dans la cité

    Le 14 septembre 2008 par Emmanuel Massart
    Avec les élus communaux, ce n’est pas mieux, intervient Théo. Tu veux faire un atelier de rap. Tu as le politicien, il t’écoute, il prend des notes, il te regarde vraiment et puis il rentre chez lui et le lendemain, il te propose de faire un atelier couture. C’est ça les politiciens. Si tu t’en fous, moi aussi, je men fous. Déterminé, il termine, approuvé par le groupe : L’égalité, ça n’existe pas. C’est un mot pour calmer les gens.

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  • En avant jeunesse n°01 : se marier à 16 ans

    Le 15 août 2008 par Emmanuel Massart
    Le groupe d’Etienne a dévalisé le supermarché, histoire d’avoir de quoi pique-niquer et on décapsule les bières autour du drap posé là. La première heure est au soleil et après commencera l’activité. Le travail que je leur propose est simple : aller à la rencontre des gens, ici, dans l’espace du parc. Qu’est-ce qu’on va leur dire ? lâche Henry, le neveu d’Etienne, réquisitionné pour l’occasion. Ca, je ne le sais pas encore. Vous auriez envie de savoir quoi des gens que vous côtoyez dans la rue ? Silence.

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  • En avant jeunesse n°00 : écrire, c’est une question de pouvoir

    Le 1er juillet 2008 par Emmanuel Massart
    Bref, il faut qu’un ado puisse parler de lui pour pouvoir parler aux autres. Et c’est là selon moi qu’il y a prévention. L’enjeu est de travailler sur les discours, les récits parce que souvent, l’on ne peut pas travailler complètement sur la réalité. Si une fille manque d’un père, l’on ne peut pas se donner la tâche d’en devenir un, par exemple. Mais l’on peut espérer créer un tissu de pratiques, une forme de jeux, saisir un imaginaire qui puisse permettre de franchir la difficulté.

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