Liège racontée par quelques filmeurs

Liège racontée par quelques filmeurs

27 – Deux vieilles dames


Cette vue a été réalisée au printemps non loin de la place Cathédrale, une des places les plus fréquentées de la ville. J’ai rencontré ce jour-là deux femmes dont l’une était occupée à brosser la cour. J’ai prétexté de prendre l’une ou l’autre image comme n’importe quel touriste. J’ai posé ma caméra au fond de la cour et j’ai cadré l’espace dans la longueur, puis enclenché. Arrive toujours ce moment où quelqu’un se sait vu, jette quelques regards à la dérobade dans ma direction. Un dialogue s’installe, peut-être pour masquer la gêne. La vue commence au moment où elle me parle de cette occupation : « cela fait des années que... » J’interpelle l'autre dame, demeurée de côté. Il se met à pleuvoir. La première dame part s'abriter. Reste son balai contre le mur. C'est tranquille, un instant de la ville vidé du bruit des voitures. Il n’y a plus rien de particulier, seulement cette pluie qui tombe pour tout le monde,
Emmanuel

43 – Au thé ou café


J'avais marché toute l'après-midi sous la pluie, récoltant des Vues Liégeoises avec ma caméra... Je méritais bien un petit café serré avant de rentrer les montrer... Un seul endroit m'est venu à l'esprit, "Thé ou Café", un petit Coffee Shop découvert quelques mois plus tôt. Le patron vous y accueille toujours par un grand bonjour, suivi d'un baiser pour ces clientes féminines... En cette fin d'après-midi y règnait une ambiance intimiste, propice aux dialogues. Je suis entrée, me suis installée et ai directement enclenché ma caméra. Surprise, voici que le patron détourne la conversation de ses clients sur Liège, notre chaleureuse ville. Certes, le dialogue n'est pas riche, mais que dire d'autre, sinon qu'on est fier d'être liégeois, et que l'on s'y sent et que l'on y vit bien ! Cette vue seule suffit à vous résumer une des nombreuses facettes de cette bonne vieille ville de Lietchhh !
Catherine

47 – Bu liégeois


Avec des si, on mettrait Paris en bouteille », dit le proverbe. Et Liège ? Il faut voir... En tout cas sa tour Eiffel, je veux dire son Perron, ne met pas tant de conditions pour se retrouver, translucide, au fond d’un verre. Il suffit de poser une caméra complice sur la place du Marché, et d’y boire d’une traite un bon verre de... liégeois.
Aris

79 – Faut payer


Des gens m'ont dit bonjour alors qu'ils ne l'auraient pas fait si je n’avais pas eu la caméra. Ils s’interrogeaient. Par exemple, une dame m’a demandé de l’argent parce que je la filmais. Je venais de la passerelle et devant l'attroupement énorme de mouettes, cette dame leur donnait à manger. C’était beau, cet ensemble, et d’où je le voyais. J’ai posé la caméra. Je l’ai placée comme j’ai pu... Je n’avais pas envie qu’elle me voie directement. Elle était un peu hors du champ au début. Elle donnait en fait des spaghetti aux oiseaux, dans une vieille casserole... C’est un très bon souvenir de rencontre, même si je ne la reverrai jamais. Ca a un peu nourri ma journée. J’ai l’impression qu’elle voulait que je participe à son truc. Elle a demandé 5 euros et ensuite, si j'avais du pain chez moi.
Julien

83 – Chez Joseph


Souvent, ce sont des humains qui ont quelque chose d’un peu touchant. Des êtres vivants en général, occupés à quelque chose. Chez le coiffeur, par exemple. J’ai perdu ce moment précis à cause de problèmes techniques... Il y avait trois Japonais qui étaient là. Je trouvais ça un peu comique ; ces Japonais, dont la copine qui regardait comment on faisait la brosse, une brosse assez impressionnante, vraiment très très haute comme ça, et en musique de fond, tu avais Madonna, la reprise d’Abba. Ca donnait un côté un peu funk dans un endroit assez traditionnel, vaguement ringard... Et moi, j'étais au milieu de tout ça ! Les gens s’en foutaient complètement que je filme. La vue montre un autre moment, là-bas.
Anne

84 – Le petit prince


Il y a un gars qui est très souvent Place du Marché et en Pierreuse, parfois très dégueulasse et vraiment complètement soûl, complètement fou et parfois, à l’opposé : tranquille, paisible. C'était le cas ce jour-là, Il faisait très froid et Jean-Marie était heureux de me voir. Il y a de la bonne humeur et il rit un peu. Je suis contente d’avoir cette image parce que j'aime bien cet homme. Il me parle un peu, à moi qui suis derrière la caméra. Il me demande : « Tu veux un bonbon ? » Et voilà, il sort des petits princes comme ça. Il mord dedans et, je ne sais pas ce qui se passe... Il y a un lien et il est heureux. Après, ça ne se voit pas, ça ne s’entend pas évidemment, mais il me dit : « Eh quoi, c’est bon là, tu m’as ?! » Je lui montre finalement les images. C'est cela les meilleures vues : ces rencontres avec des gens que tu ne rencontrerais pas, sinon.
Anne

Remerciements

A tous ceux et celles qui ont filmé, aidé, porté un désir commun : Aris, Catherine, Roger, Thierry, Bruno, Laurent, Delphine, Lionel, Marc, Cindy, Julien, Anne, Louise, Patrick, Margot, Maud, Raphaël, Alexandra, Nadia, Eve, Ingo, Mamita, Véronique, Vincianne, Thomas, André, Sabine, Olivier, Philippe et d'autres pour qui nous avons la mémoire qui flanche.

Citation

Le cinéma que j’aime n’a rien à voir avec la Technique ni avec la Maîtrise, ni (par conséquent) avec le Pouvoir. Le cinéma que j’aime a, au contraire, tout à voir avec le hasard converti en chance, c’est-à-dire avec le miracle. Et ce cinéma est à la portée de quiconque sait ouvrir ses yeux et ses oreilles. Bonne chance au projet des Vues Liégeoises !
André S. Labarthe (critique et cinéaste )

Crédits

Les Vues Liégeoises ont été développées
avec amour et patience par l'Asbl Des Images. Un mot, une idée, faire une demande de projection ou autre ? Utilisez notre formulaire de contact !