Rencontre avec Georges Yu

Rencontre avec Georges Yu

 
 

Après avoir enregistré cette scène au bord du fleuve, la jeune fille revient à l'atelier et montre ses images aux autres. Arrive le vieil homme, qu'elle introduit comme un monsieur qui a cherché à obtenir son numéro de téléphone, pouffe-t-elle. La scène défile et les animateurs finissent par comprendre qu'il s'agit d'autre chose et que le monsieur en question n'est pas un simple inconnu. L'adolescente pense pouvoir le retrouver le lendemain.

Le jour suivant, nous y allons tous. Et rapidement, au pied de la passerelle, côté Outremeuse, une silhouette à présent familière se détache, assise sur un banc. Georges Yu est là, avec son écharpe blanche, sa veste de cuir élimée et la radio ouverte. Nous le saluons gaiement et l'invitons à venir voir le dernier jour les Vues nouvelles et tailler le gras avec le groupe. Il accepte, visiblement avec plaisir.

Dans la grande salle, à côté des Vues, nous projetons finalement "Les rues de Liège" pour le plaisir de tous. Georges Yu est un bon client et commente volontiers chacun. Le pire dans le cinéma, c'est la zizique et le commentaire. Ca vous fout un film en l'air. On ne pourrait pas lui donner tort.

Pour vous permettre de (re)découvrir "Les rues de Liège", le voici.

 
 

Derrière le tremblé romantique d'un vieux Liège, noir et blanc, saute aux yeux la présence industrielle jusqu'à proximité du centre historique, et geste du cinéaste, le menu peuple et la culture populaire sont mis en lumière. Marcher dans les villes, probablement, devait porter un élan aux détails, un allez-retour permanent entre la petite histoire et le vécu commun. Ce sont les travailleurs et leur casse-croûte, ce sont les facteurs au début de leur tournée, un étal de fruits et légumes offert aux femmes faisant leurs commissions, les gamins tapant le ballon au pied d'un terril, les baraquements de Thiers-à-Liège depuis la dernière guerre. La ville apparaît un corps organique, bon ou mauvais, mais se suffisant à elle-même.

Aujourd'hui, Liège est moins un ensemble fini qu'une mosaïque permanente, un précipité qu'aucune musique ou commentaire ne parvient à réunir. L'affirmation première du cinéma, filmer pour donner vie, filmer pour relier, laisse place à l'interrogation, au fourmillement, au doute, à l'esprit de petit maître. "Ne t'occupe pas des autres. Pense à toi." Les Vues Liégeoises, modestes, demandent au contraire, que tout ne soit pas tu du commun de la ville.

C'est pourquoi ces vues courtes vous sont offertes, sans index, sans raccord direct. Elles peuvent se mêler à la mesure de la volonté du spectateur, habitant de la ville souvent, qui, au quotidien, réalise l'effort de mettre dans la même main toutes les scènes se présentant à lui. Il offre aux autres et à lui-même un sens possible. Il invente un récit à partager à partir de peu. Nous ne voulons pas renoncer aux villes. Nous ne voulons pas cesser de les désirer et de raconter notre histoire en leur sein.

Remerciements

A tous ceux et celles qui ont filmé, aidé, porté un désir commun : Aris, Catherine, Roger, Thierry, Bruno, Laurent, Delphine, Lionel, Marc, Cindy, Julien, Anne, Louise, Patrick, Margot, Maud, Raphaël, Alexandra, Nadia, Eve, Ingo, Mamita, Véronique, Vincianne, Thomas, André, Sabine, Olivier, Philippe et d'autres pour qui nous avons la mémoire qui flanche.

Citation

Le cinéma que j’aime n’a rien à voir avec la Technique ni avec la Maîtrise, ni (par conséquent) avec le Pouvoir. Le cinéma que j’aime a, au contraire, tout à voir avec le hasard converti en chance, c’est-à-dire avec le miracle. Et ce cinéma est à la portée de quiconque sait ouvrir ses yeux et ses oreilles. Bonne chance au projet des Vues Liégeoises !
André S. Labarthe (critique et cinéaste )

Crédits

Les Vues Liégeoises ont été développées
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