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Dommage à Paul Meyer
jeudi, 29 novembre 2007
/ Patrick Leboutte

J’ai vécu ce mercredi 21 novembre 2007, au cinéma Churchill, salle d’art et d’essai liégeoise, la séance de cinéma la plus moche de ma vie. Hommage au cinéaste Paul Meyer, mort le mois dernier, annonçait le programme. Travail de mémoire, promettait-il, en présence de ses amis, de sa compagne, de sa fille. Les responsables du Churchill font leur travail, clament-ils dans leur journal à chaque éditorial, ce ne sont pas des boutiquiers. Mais à quoi ressemblait-il cet hommage, à l’arrivée, et que fut-il en réalité ? Une simple case dans une grille des programmes, une cage dans la programmation : pas de pause entre Klinkaart et Déjà s’envole la fleur maigre enchaînés sans transition, sans même rallumer trente secondes les lumières dans la salle pour que l’expérience puisse faire dépôt, non, les films quasiment collés bout à bout, avec entre eux une simple amorce noire, comme s’il s’agissait d’un seul et même long métrage uni par le noir et blanc, on n’a pas le temps, et surtout pas de parole après la projection, pas de conversation, pas de rencontres, allez vite, plus vite, tout le monde dehors, rappel à l’ordre des exploitants, la séance est levée, le film est exploité, faites ailleurs votre petit rot, il y a d’autres spectateurs qui font la queue pour le film suivant rentabilisé dans la même salle, d’autant qu’à cause de Leboutte qui a parlé vingt minutes au lieu des trois minutes commandées, on est déjà en retard, et ils s’impatientent les spectateurs du film suivant, faut pas les faire attendre, faut les comprendre, ils ont payé, veulent pas rater les bandes annonces sous prétexte que Claire Meyer, sa fille, et Anne Michotte, sa dernière compagne, sont encore sous le coup de l’émotion dans la salle parce que leur Paul est mort, tout de même, c’est pas un funérarium ici, n’ont pas compris que le cinéma, au Churchill, c’est un art vivant comme dit le slogan, se rendent pas compte ces deux-là, déjà qu’on les a laissées entrer gratuitement, allez hop, clap de fin, il était une fois Paul Meyer.

Patrick Leboutte

Note : les commentaires joints à cet article ne sont pas rédigés par l’un ou l’autre rédacteur de Des Images, a fortiori quand ils ne sont pas signés. Ils n’engagent donc pas le point de vue de notre association. Quand Patrick Leboutte aura pris connaissance de cette page, il aura le loisir de préciser certains éléments si nécessaire. De plus, cet article fait partie d’un dossier concernant le cinéaste Paul Meyer, non à propos du centre culturel des Grignoux ou plus généralement, du cinéma subventionné en Communauté Française. Vu les proportions prises ces derniers jours dans les commentaires, la page est provisoirement fermée à de nouvelles contributions.

Emmanuel Massart


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